19/09/2009

History of anti-Semitism: Odon Vallet and the genocide concept

Vallet Odon, Petit lexique des idées fausses sur les religions, éd. Albin Michel, 2002

(p.92-95) Génocide

 

« L'extermination des juifs est le crime du XXe siècle »

 

C'est un crime abominable mais il ne date pas du xxe siècle. Si le génocide des juifs est une honte de l'époque moderne, il a au moins un équivalent dans l'histoire ancienne. L'oublier pour mieux préserver le caractère unique de la Shoah ou, au contraire, pour minimiser la haine des juifs est une grave erreur.

Car tous les clichés sur la barbarie du xxe siècle, le goulag stalinien et les camps hitlériens, laissent croire que le totalitarisme est une idée neuve et que le monde contemporain a le monopole de l'horreur. Mais les temps actuels n'ont rien inventé. Ils ont seulement mis la technique au service de la mort. Les chambres à gaz n' existaient pas sous le règne d' Auguste mais des milliers d'épées ont produit le même résultat, moins planifié mais presque aussi efficace.

(p.93) Selon la Bible, l'hostilité à l'égard des juifs est vieille comme l'histoire sainte. Elle commence avec la servitude des Hébreux en Egypte où Pharaon les asservit avec brutalité et transforme les chantiers de travaux publics en camps de concentration. Elle se poursuit avec l'Exil à Babylone, première déportation du peuple juif. Si, dans les deux cas, il ne s'agit pas de meurtres systématiques, la Bible présente ces deux épisodes tragiques comme remplis de morts et de deuils. Le mot même de shoah sert à décrire ces destructions portées par la main de l'homme mais perçues comme venant de Dieu en châtiment des péchés d'Israël. Si la rareté des documents historiques (notamment égyptiens) invite à la prudence dans l'interprétation de ces faits, leur caractère douloureux et meurtrier ne fait guère de doute.

Un pas de plus est franchi vers 170 avant J.-C. quand le roi hellénisé Antiochus IV Epiphane

veut supprimer le judaïsme en interdisant toute pratique cultuelle. La résistance héroïque des frères Maccabées est si sanglante que leur nom devint, dans l'argot des carabins (étudiants en

médecine), synonyme de cadavres.

Un degré supplémentaire dans l'horreur est atteint au 1er siècle après J.-C. avec ce que l'historien Flavius Josèphe appelle la « guerre des Juifs". Ceux-ci se révoltèrent contre les occupants romains qu' ils avaient imprudemment appelés en Palestine pour contrer l' influence (p.94)

grecque. La répression des légions romaines, assistées par des populations locales (notamment syriennes), s'avéra terrible : la chasse aux juifs fut lancée et de véritables pogroms firent des centaines de milliers de morts.

Si le chiffre total des pertes juives est controversé, il n' est pas exagéré d' évoquer une tentative de génocide qui avait d' ailleurs un précédent romain avec la terrible guerre des Gaules. En 70 après J.-C., le Temple et la ville de Jérusalem furent rasés et, en l' an 132, la révolte de Bar Kokheba provoqua une nouvelle vague d'exécutions de partisans et de destructions de villages au point que la Judée devint un pays de « désolation ", en hébreu de shoah. Et la majorité des juifs survivants quitta la terre d'Israël pour n'y revenir que dix-neuf siècles plus tard.

Durant cette période de « dispersion » (diaspora), les persécutions ne manquèrent pas, de la part de musulmans ou, surtout, de chrétiens. Mais aucune n' eut l' intensité de la répression romaine. Celle-ci est largement oubliée par les manuels d'histoire qui, célébrant les grandeurs de la civilisation gréco-romaine, ne mentionnent guère le sort atroce de leurs victimes, promises aux oubliettes des vaincus de l'histoire.

Si l'antijudaïsme exterminateur a de si lointaines racines, c'est qu'il est indissociable des anti-

ques coutumes du peuple juif, incompatibles avec les pratiques « idolâtres » des autres nations

et les lois étrangères des vastes empires. Celui de Rome eut à combattre des révoltes de juifs en (p.95) Egypte, en Libye ou à Chypre : du sabbat à la circoncision et de la Torah au dieu unique, tout opposait les fils d' Abraham aux enfants de Romulus.

 

Redonner au génocide des juifs sa dimension ancienne, c' est aussi rappeler les liens de l'idéologie et de l'esthétique fascistes avec l' Antiquité gréco-romaine. Le Troisième Reich se voulait une nouvelle Rome jusque dans l' architecture prétentieuse du « nouveau Berlin » d'Albert Speer. L' archaïsme de l'art et de la pensée ne pouvait que renouer avec un conflit bimillénaire, amplifié par les fractures idéologiques et les crises économiques du xxe siècle. Ainsi furent ravivées les vieilles haines sous les braises chaudes de l'Histoire dont les brûlures ont un large spectre. Car, d'après le Deutéronome (ch.20), Dieu ordonna à Israël en guerre de frapper « tous les hommes au tranchant de l'épée " voire de « ne laisser subsister aucun être vivant ". C'était déjà un voeu de génocide.

20:18 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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