27/08/2010

Hitler's progressive anti-Semitic view in "Mein Kampf"

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon Combat

Vol.1

 

(p.28) Il me serait difficile aujourd'hui, sinon impossible, de dire à quelle époque le nom de Juif éveilla pour la première fois en moi des idées particulières. Je ne me souviens pas d'avoir entendu prononcer ce mot dans la maison paternelle du vivant de mon père. Je crois que ce digne homme aurait considéré comme arriérés des gens qui auraient prononcé ce nom sur un certain ton. Il avait, au cours de sa vie, fini par incliner à un cosmopolitisme plus ou moins déclaré qui, non seulement avait pu s imposer à son esprit malgré ses convictions nationales très fermes, mais avait déteint sur moi.

A l'école, rien ne me conduisit à modifier les idées prises à la maison.

A la Realschule je fis bien la connaissance d'un jeune Juif avec lequel nous nous tenions tous sur nos gardes, mais simplement parce que différents incidents nous avaient amenés à n'avoir dans sa discrétion qu'une confiance très limitée. D'ailleurs, ni mes camarades, ni moi, nous ne tirâmes de ce fait des conclusions particulières.

Ce fut seulement quand j'eus quatorze ou quinze ans que je tombai fréquemment sur le mot de Juif, surtout quand on causait politique. Ces propos m'inspiraient une légère aversion et je ne pouvais m'empêcher d'éprouver le sentiment désagréable qu'éveillaient chez moi, lorsque j'en étais témoin, les querelles au sujet des confessions religieuses.

A cette époque, je ne voyais pas la question sous un autre aspect.

Il n'y avait que très peu de Juifs à Linz. Au cours des siècles ils s'étaient européanisés extérieurement et ils ressemblaient aux autres hommes ; je les tenais même pour des Allemands. Je n'apercevais pas l'absurdité de cette illusion, parce que leur religion étrangère me semblait la seule différence qui existât entre eux et nous. Persuadé qu'ils avaient été persécutés pour leurs croyances, les propos défavorables tenus sur leur compte m'inspiraient une antipathie qui, parfois, allait presque jusqu'à l'horreur.

Je ne soupçonnais pas encore qu'il pût y avoir des adversaires systématiques des Juifs.

 

J'arrivai ainsi à Vienne.

 

Tout saisi par l'abondance de mes sensations dans le domaine de l'architecture, pliant sous le fardeau de mon propre sort, je n'eus pas dans les premiers temps le moindre coup d'oeil sur les différentes couches composant la population de cette énorme ville. Bien qu'alors Vienne comptât près de deux cent mille Juifs sur deux millions d'âmes, je ne les remarquais pas. Mes yeux et mon esprit ne furent pas pendant les premières semaines de taille à supporter l'assaut que leur livraient tant de valeurs et d'idées nouvelles.

Ce n'est que lorsque peu à peu le calme se rétablit en moi et que ces images fiévreuses commencèrent à se clarifier que je songeai à regarder plus attentivement le monde nouveau qui m'entourait et qu'entre autres je me heurtai à la question juive.

Je ne veux pas prétendre que la façon dont je fis sa connaissance m'ait paru particulièrement agréable.

Je ne voyais encore dans le Juif qu'un homme d'une confession différente et je continuais à réprouver, au nom de la tolérance et de l'humanité, toute hostilité issue de considérations religieuses. En particulier, le ton de la presse antisémite de Vienne me paraissait indigne des traditions d'un grand peuple civilisé.

J'étais obsédé par le souvenir de certains événements remontant au moyen âge et que je n'aurais pas voulu voir se répéter. Les journaux dont je viens de parler n'étaient pas tenus pour des organes de premier ordre. Pourquoi ? Je ne le savais pas alors su juste moi-même. Aussi les considérais-je plutôt comme les fruits de la colère et de l'envie, que comme les résultats d'une position de principe arrêtée, fût-elle fausse.

Cette idée fut renforcée en moi par la forme infiniment plus convenable, à mon avis, sous laquelle la véritable grande presse répondait à ces attaques, ou bien, ce qui me paraissait encore plus méritoire, se contentait de les tuer par le silence, n'en faisant pas la moindre mention. Je lus assidûment ce qu'on appelait la presse mondiale (la Neue Freie Presse, le Wiener Tagblatt, etc.) ; je fus stupéfait de voir avec quelle abondance elle renseignait ses lecteurs et avec quelle impartialité elle traitait toutes les questions.

 

(p.29) Il me fallut reconnaître qu'un des journaux antisémites, le Deutsches Volksblatt, avait beaucoup plus de tenue dans de pareilles occasions.

(p.30) (…) Je n'approuvais pas son antisémitisme agressif, mais j'y trouvais parfois des arguments qui me donnaient à réfléchir.

(…)

Mais si, de même, mon jugement sur l'antisémitisme se modifia avec le temps, ce fut bien là ma plus pénible conversion.

Elle m'a coûté les plus durs combats intérieurs et ce ne fut qu'après des mois de lutte où s'affrontaient la raison et le sentiment que la victoire commença à se déclarer en faveur de la première. Deux ans plus tard, le sentiment se rallia à la raison pour en devenir le fidèle gardien et conseiller.

Pendant cette lutte acharnée entre l'éducation qu'avait reçue mon esprit et la froide raison, les leçons de choses que donnait la rue â Vienne m'avaient rendu d'inappréciables services. Il vint un temps où je n’allais plus, comme pendant les premiers jours, en aveugle à travers les rues de l'énorme ville, mais où mes yeux s'ouvrirent pour voir, non plus seulement les édifices, mais aussi les hommes.

Un jour où je traversais la vieille ville, je rencontrai tout à coup un personnage en long kaftan avec des boucles de cheveux noirs.

Est-ce là aussi un Juif ? Telle fut ma première pensée. A Linz, ils n'avaient pas cet aspect-là. J'examinai l'homme â la dérobée et prudemment, mais plus j'observais ce visage étranger et scrutais chacun de ses traits, plus la première question que je tri étais posée prenait dans mon cerveau une autre forme :

Est-ce là aussi un Allemand ? Comme toujours en pareil cas, je cherchai dans les livres un moyen de lever mes doutes. J'achetai pour quelques hellers les premières brochures antisémites de ma vie. Elles

partaient malheureusement toutes de l'hypothèse que leurs lecteurs connaissaient ou comprenaient déjà dans une certaine mesure la question juive, du moins en son principe. Enfin leur tan m'inspirait de nouveaux doutes, car les arguments qu'elles produisaient à l'appui de leurs affirmations étaient souvent superficiels et manquaient complètement de base scientifique.

Je retombai alors dans mes anciens préjugés. Cela dura des semaines et même des mois.

L'affaire me paraissait si monstrueuse, les accusations étaient si démesurées, que, torturé par la crainte de commettre une injustice, je recommençai à m'inquiéter et à hésiter.

Il est vrai que sur un point, celui de savoir qu'il ne pouvait pas être question d'Allemands appartenant à une confession particulière, mais bien d'un peuple à part, je ne pouvais plus avoir de doutes ; car, depuis que j'avais commencé à m'occuper de cette question, et que mon attention avait été appelée sur le Juif, je voyais Vienne sous un autre aspect. Partout où j'allais, je voyais des Juifs, et plus j'en voyais, plus mes yeux apprenaient à les. distinguer nettement des autres hommes. Le centre de la ville et les quartiers (p.31) situés au nord du canal du Danube fourmillaient notamment d'une population dont l'extérieur n'avait déjà

plus aucun trait de ressemblance avec celui des Allemands.

Mais, si j'avais encore eu le moindre doute sur ce point, toute hésitation aurait été définitivement levée par l'attitude d'une partie des Juifs eux-mêmes.

Un grand mouvement qui s'était dessiné parmi eux et qui avait pris à Vienne une certaine ampleur, mettait en relief d'une façon particulièrement frappante le caractère ethnique de la juiverie : je veux dire le sionisme.

Il semblait bien, en vérité, qu'une minorité seulement de Juifs approuvait la position ainsi prise, tandis que la majorité la condamnait et en rejetait le principe. Mais, en y regardant de plus près, cette apparence s'évanouissait et n'était plus qu'un brouillard de mauvaises raisons inventées pour les besoins de la cause, pour ne pas dire des mensonges. Ceux qu'on appelait Juifs libéraux ne désavouaient pas, en effet, les Juifs sionistes comme n'étant pas leurs frères de race, mais seulement parce qu'ils confessaient publiquement leur judaïsme, avec un manque de sens pratique qui pouvait même être dangereux.

Cela ne changeait rien à la solidarité qui les unissait tous. Ce combat fictif entre Juifs sionistes et Juifs libéraux me dégoûta bientôt ; il ne répondait à rien de réel, était donc un pur mensonge et cette supercherie était indigne de la noblesse et de la propreté morales dont se targuait sans cesse ce peuple.

D'ailleurs la propreté, morale ou autre, de ce peuple était quelque chose de bien particulier. Qu'ils n'eussent pour l'eau que très peu de goût, c'est ce dont on pouvait se rendre compte en les regardant et même, malheureusement, très souvent en fermant les yeux. Il m'arriva plus tard d'avoir des hauts-le-coeur en sentant l'odeur de ces porteurs de kaftans. En outre, leurs vêtements étaient malpropres et leur extérieur fort peu héroïque.

Tous ces détails n'étaient déjà guère attrayants ; mais c'était de la répugnance quand on découvrait

subitement sous leur crasse la saleté morale du peuple élu.

Ce qui me donna bientôt le plus à réfléchir, ce fut le genre d'activité des Juifs dans certains domaines, dont j'arrivai peu à peu à pénétrer le mystère.

Car, était-il une saleté quelconque, une infamie sous quelque forme que ce fût, surtout dans la vie sociale, à laquelle un Juif au moins n'avait pas participé ?

Sitôt qu'on portait le scalpel dans un abcès de cette sorte, on découvrait, comme un ver dans un corps en putréfaction, un petit youtre tout ébloui par cette lumière subite.

Les faits à la charge de la juiverie s'accumulèrent à mes yeux quand j'observai son activité dans la presse, en art, en littérature et au théâtre. Les propos pleins d'onction et les serments ne servirent plus alors à grand'chose ; ils n'eurent même plus d'effet. Il suffisait déjà de regarder une colonne de spectacles, d'étudier les noms des auteurs de ces épouvantables fabrications pour le cinéma et le théâtre en faveur desquelles les affiches faisaient de la réclame, et l'on se sentait devenir pour longtemps

l'adversaire impitoyable des Juifs. C'était une peste, une peste morale, pire que la peste noire de jadis, qui, en ces endroits, infectait le peuple. Et en quelles doses massives ce poison était-il fabriqué et répandu ! Naturellement, plus le niveau moral et intellectuel des fabricants de ces oeuvres artistiques est bas, plus inépuisable est leur fécondité, jusqu'à ce qu'un de ces gaillards arrive à lancer, comme le ferait une machine de jet, ses ordures su visage de l'humanité.

Que l'on considère encore que leur nombre est sans limite ; que l'on considère que, pour un seul Goethe, la nature infeste facilement leurs contemporains de dix mille de ces barbouilleurs, qui dès lors agissent comme les pires des bacilles et empoisonnent les âmes.

Il était épouvantable de penser, mais on ne pouvait se faire d'illusion sur ce point, que le Juif semblait avoir été spécialement destiné par la nature à jouer ce rôle honteux.

 

(p.32) (…) Mais mon évolution fut hâtée par l'observation de toute une série d'autres phénomènes. Je veux parler de la conception qu'une grande partie des Juifs se fait des moeurs et de la morale et qu'elle met ouvertement en pratique.

A ce point de vue, la rue me donna des leçons de choses qui me furent souvent pénibles.

Le rôle que jouent les Juifs dans la prostitution et surtout dans la traite des blanches pouvait être étudié à Vienne plus aisément que dans toute autre ville de l'Europe occidentale, exception faite peut-être pour les ports du sud de la France. Quand on parcourait le soir les rues et ruelles de la Leopoldstadt, on était à chaque pas, qu'on le voulût ou non, témoin de scènes qui restèrent ignorées de la majorité du peuple allemand jusqu'à ce que la guerre eût fourni aux soldats combattant sur le front oriental l'occasion d'en voir ou plus exactement d'être forcés d'en voir de pareilles.

La première fois que je constatais que c'était le Juif impassible et sans vergogne qui dirigeait de la sorte, avec une expérience consommée, cette exploitation révoltante du vice dans la lie de la grande ville, un léger frisson me courut dans le dos. Puis la fureur s'empara de moi.

Maintenant, je n'avais plus peur d'élucider la question juive. Oui, je me donnerais cette tâche ! Mais tandis que j'apprenais à traquer le Juif dans toutes les manifestations de la vie civilisée et dans la (p.33) pratique des différents arts, je me heurtai tout d'un coup à lui en un lieu où je ne m'attendais pas à le rencontrer.

Lorsque je découvris que le Juif était le chef de la Social-Démocratie, les écailles commencèrent à me tomber des yeux. Ce fut la fin du long combat intérieur que j'avais eu à soutenir.

 

 

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Adolf Hitler's progressive anti-Semitic view in "Mein Kampf" (2)

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon Combat

Vol.1

(p.160) La doctrine religieuse des Juifs est, en première ligne, une instruction tendant à maintenir la pureté du sang juif et un code réglant les rapports des Juifs entre eux, et surtout ceux qu'ils doivent avoir avec le reste du monde, (…).

 

(p.161) marchand et, au début, se soucie peu de dissimuler sa nationalité. Il est encore un Juif, en partie peut-être parce que les signes extérieurs qui accusent la différence de sa race et de celle du peuple dont il est l'hôte sont encore trop apparents, parce qu'il connaît encore trop peu la langue du pays, parce que les caractères nationaux de l'autre peuple sont trop saillants pour que le Juif puisse oser se donner pour autre chose qu'un marchand étranger. Comme il est plein de souplesse et que le peuple qui le reçoit manque d'expérience, conserver son caractère de Juif ne lui cause aucun préjudice et offre même des avantages ; on se montre accueillant pour l'étranger.

B. - Peu à peu il s'insinue dans la vie économique, non pas comme producteur, mais comme

intermédiaire. Son habileté commerciale, développée par l'exercice au cours de milliers d'années, lui donne une grande supériorité sur l'Aryen encore peu dégourdi et d'une honnêteté sans bornes, de sorte qu'en peu de temps le commerce menace de devenir son monopole. Il commence par prêter de l'argent et, comme toujours, à des intérêts usuraires. C'est lui qui, en fait, introduit dans le pays le prêt à intérêt.

On ne s'aperçoit pas d'abord du danger que présente cette innovation ; on l'accueille même avec plaisir, en raison de l'avantage momentané qu'elle présente.

C. - Le Juif est devenu complètement sédentaire, c'est-à-dire qu'il occupe un quartier particulier dans les villes et les bourgs et forme de plus en plus un Etat dans l'Etat. Il considère le commerce et les affaires d'argent comme un privilège lui appartenant et qu'il exploite impitoyablement.

D. - Les affaires d'argent et le commerce sont devenus son monopole exclusif. Les intérêts usuraires qu'il exige finissent par provoquer des résistances ; son insolence naturelle, en s'aggravant, excite l'indignation ; ses richesses éveillent la jalousie. La mesure est comble quand il range la terre et le sol parmi les objets de son commerce et les avilit en en faisant une marchandise vénale et négociable.

Comme il ne cultive jamais le sol lui-même, mais ne le considère que comme une propriété de rapport, sur laquelle le paysan peut bien rester, mais à condition de subir les exactions les plus éhontées de la part de son nouveau maître, l'antipathie qu'il excite augmente jusqu'à devenir une haine ouverte. Sa tyrannie et sa rapacité deviennent si insupportables que ses victimes, sucées jusqu'au sang, vont jusqu'aux voies de fait contre lui. On commence à regarder cet étranger de plus près et l'on remarque (p.162) chez lui des traits et des façons d'être toujours plus répugnants, jusqu'à ce qu'enfin un abîme infranchissable s'ouvre entre lui et ses hôtes.

Aux époques de grande misère, la fureur des exploités finit par éclater contre lui. Les masses pillées et ruinées se font justice elles-mêmes pour se défendre contre ce fléau de Dieu : elles ont appris su cours de quelques siècles à le connaître et considèrent sa simple existence comme un danger aussi redoutable que la peste.

E. - Mais alors le Juif commence à révéler son véritable caractère. Il assiège les gouvernements de flatteries écoeurantes, fait travailler son argent et, de cette façon, se fait accorder des lettres de franchise qui lui permettent de piller encore ses victimes. Si parfois la fureur populaire s'enflamme contre cette éternelle sangsue, elle ne l'empêche pas le moins du monde de reparaître su bout de quelques années dans l'endroit qu'il avait dû quitter et de reprendre son ancien genre de vie. Il n'y a pas de persécution qui puisse lui faire perdre l'habitude d'exploiter les autres hommes, aucune qui arrive à le chasser définitivement ; après chacune d'elles, il revient su bout de peu de temps et est resté le même.

Pour au moins empêcher le pire, on commence à mettre le sol à l'abri de ses mains d'usurier, en lui en interdisant l'acquisition par la loi.

F. - Plus la puissance du souverain grandit, plus le Juif l'assiège. Il mendie des « lettres de franchise » et des « privilèges » que les seigneurs, toujours gênés dans leurs finances, lui accordent volontiers contre paiement. Si cher que ces documents lui aient coûté, il récupère en peu d'années l'argent dépensé avec les intérêts et les intérêts des intérêts. C'est une véritable sangsue qui se fixe au corps du malheureux peuple et qu'on ne peut en détacher, jusqu'à ce que les souverains eux-mêmes aient besoin d'argent et lui fassent de leurs augustes mains dégorger le sang qu'il avait sucé.

Cette scène se renouvelle constamment et le rôle qu'y jouent ceux qu'on appelle les « princes allemands » est aussi pitoyable que celui des Juifs eux-mêmes. Ils étaient vraiment un châtiment envoyé par Dieu à leurs chers peuples, ces grands seigneurs, et on ne peut trouver leur équivalent que dans les différents ministres de notre temps.

C'est la faute des princes allemands si la nation allemande n'est pas parvenue définitivement à

s'affranchir du danger juif. Malheureusement, les choses sont restées dans le même état par la suite, de sorte qu'ils ont reçu des Juifs le salaire qu'ils avaient mille fois mérité par les péchés dont ils s'étaient rendus coupables à l'égard de leurs peuples. Ils s'étaient alliés avec le diable et ont fini leur carrière en enfer.

G. - En se laissant prendre dans les filets du Juif, les princes ont préparé leur propre ruine. La situation qu'ils occupaient au milieu de leurs peuples est lentement, mais fatalement, minée à mesure qu'ils cessent de défendre les intérêts de leurs sujets et deviennent leurs exploiteurs. Le Juif sait très exactement que leur règne touche à sa fin et cherche à la hâter autant que possible. C'est lui-même qui les plonge dans leurs éternels besoins d'argent, en les détournant de leur vraie tâche, en les étourdissant par les plus basses et les pires flatteries, en les poussant à la débauche et en se rendant par là de plus en plus indispensable. Son habileté, ou pour mieux dire son absence de scrupules dans les affaires d'argent, sait toujours trouver de nouvelles ressources en pressurant les sujets, en les écorchant même ; si bien que la moyenne de leur existence devient toujours plus courte. Toute cour a son « Juif de la Cour

», c'est le nom qu'on donne aux monstres qui torturent le bon peuple et le poussent au désespoir, tandis la race humaine ornés de signes extérieurs de distinction, de les voir élevés à la noblesse héréditaire et contribuer ainsi, non pas seulement à rendre ridicule cette institution, mais encore à la contaminer.

C'est alors que le Juif peut vraiment profiter de sa situation pour monter encore plus haut.

Il n'a plus qu'à se faire baptiser pour entrer lui-même en possession de tous les droits et capacités dont jouissent les enfants du pays. Il conclut l'affaire, très souvent à la grande joie de l'Eglise, fière d'avoir gagné un nouveau fils, et d'Israël, heureux de voir une filouterie aussi réussie.

(p.163) H. - A ce moment, se produit une transformation dans le judaïsme. C'étaient jusqu'alors des Juifs seulement, qui ne cherchaient pas à paraître autre chose, ce qui était d'ailleurs difficile en raison des caractères distinctifs qui séparaient les deux races en présence. A l'époque de Frédéric le Grand, il ne venait encore à l'idée de personne de voir dans les Juifs autre chose qu'un peuple « étranger » et Goethe se révolte encore à l'idée qu'à l'avenir, le mariage entre chrétiens et juifs pourrait ne plus être interdit par la loi. Goethe était pourtant vraiment un être divin ; ce n'était ni un réactionnaire ni un ilote ; ce qui s’exprimait par sa bouche n'était pas autre chose que la voix du sang et de la raison. Ainsi le peuple,

malgré les trafics honteux des cours, voyait instinctivement dans le Juif l'élément étranger introduit dans son propre corps et se conduisait en conséquence à son égard.

Mais cela allait changer. Au cours de plus de mille ans, le Juif a appris à se rendre si bien maître de la langue du peuple qui lui a accordé l'hospitalité, qu'il croit pouvoir se risquer maintenant à mettre moins d'accent sur son origine juive et à faire passer su premier plan sa « qualité d'Allemand ». Si ridicule et absurde que cette prétention puisse paraître au premier abord, il se permet de se transformer en « Germain » et donc, dans le cas présent, en « Allemand ». Alors prend naissance une des plus infâmes tromperies qui se puisse imaginer. Comme il ne possède de ce qui fait l'Allemand que l'art d'écorcher sa langue -et d'une épouvantable façon - mais que, pour le reste, il ne s'est jamais fondu dans la population

allemande, tout ce qu'il a d'allemand est la langue qu'il parle. Or, ce qui fait la race, ce n'est pas la langue, mais le sang, et le Juif le sait mieux que personne, puisqu'il attache peu d'importance à la conservation de sa langue et, par contre, en attache une très grande à ce que son sang reste pur. Un homme peut très facilement changer de langue, c'est-à-dire se servir d'une autre ; seulement, il exprimera alors dans sa nouvelle langue ses anciennes idées ; sa nature intime ne sera pas modifiée.

C'est ce que prouve le Juif, qui peut parler mille langues différentes et n'est pourtant toujours qu'un Juif.

Son caractère ethnique restera toujours le même, qu'il ait, il y a deux mille ans, parlé latin à Ostie en faisant le commerce des grains ou que, spéculateur sur les farines de nos jours, il parle l'allemand des youpins. C'est toujours le même Juif. Que ce fait évident ne soit pas compris par un conseiller ministériel de l'espèce courante actuellement ou par un fonctionnaire supérieur de la police, cela, il est vrai, va de soi, car il est difficile de rencontrer des personnages plus dénués d'instinct et d'esprit que ces serviteurs des autorités si éminentes qui dirigent actuellement l'Etat.

La raison pour laquelle le Juif se décide tout d'un coup à devenir un « Allemand » est évidente. Il sent que la puissance des princes commence à chanceler et il cherche bientôt une plateforme sur laquelle poser ses pieds. De plus, la domination financière qu'il exerce sur toute l'économie politique a fait tant de progrès qu'il ne peut plus soutenir cet énorme édifice, qu'en tous cas son influence ne pourra plus s'accroître, s'il ne possède pas tous les droits « civiques n. Mais il désire ces deux choses, car plus haut il grimpe et plus le sollicite ce but dont la conquête lui fut jadis promise et qui se dégage maintenant des ténèbres du passé ; avec une ardeur fébrile, les meilleurs cerveaux juifs voient se rapprocher, jusqu'à être à la portée de leurs mains, le rêve de la domination universelle. Aussi tous ses efforts tendent à la

conquête pleine et entière des droits « civiques ».

Telle est la raison de l'émancipation hors du ghetto.

I. - C'est ainsi que du Juif de cour sort peu à peu le juif du peuple.

Bien entendu, le Juif se tient, comme auparavant, dans l'entourage des puissants de ce monde, il cherche même avec encore plus d'ardeur à se glisser dans leur société ; mais, en même temps, d'autres représentants de sa race font les bons apôtres auprès du bon peuple. Si l'on se rappelle de combien de péchés le Juif s'est, au cours des siècles, rendu coupable à l'égard de la masse, comment il l'a toujours impitoyablement exploitée et pressurée, si l'on considère en outre combien le peuple a pour ces raisons appris peu à peu à le haïr et a fini à voir dans sa présence un châtiment que le ciel inflige aux autrespeuples, on comprendra combien les Juifs ont eu de peine à exécuter ce changement de front. Oui, ce fut un pénible travail pour eux de se présenter comme « amis des hommes » aux victimes qu'ils avaient écorchées.

 

(p.169) K. - La domination du Juif parait maintenant si assurée dans l'Etat qu'il ose non seulement recommencer à se donner ouvertement pour Juif, mais confesser sans réserves ses conceptions ethniques et politiques jusque dans leurs dernières conséquences. Une partie de sa race se reconnaît ouvertement pour un peuple étranger, non sans d'ailleurs commettre un nouveau mensonge. Car lorsque le sionisme cherche à faire croire au reste du monde que la conscience nationale des Juifs trouverait satisfaction dans la création d'un Etat palestinien, les Juifs dupent encore une fois les sots goïmes de la façon la plus patente. Ils n'ont pas du tout l'intention d'édifier en Palestine un Etat juif pour aller s'y fixer ; ils ont (p.170) simplement en vue d'y établir l'organisation centrale de leur entreprise charlatanesque d'internationalisme

universel ; elle serait ainsi douée de droits de souveraineté et soustraite à l'intervention des autres Etats ; elle serait un lieu d'asile pour tous les gredins démasqués et une école supérieure pour les futurs bateleurs.

Mais c'est un signe de leur croissante assurance, et aussi du sentiment qu'ils ont de leur sécurité, qu'au moment où une partie d'entre les Juifs singe hypocritement l'Allemand, le Français ou l'Anglais, l'autre, avec une franchise impudente, se proclame officiellement race juive.

Le sans-gêne effrayant avec lequel ils se comportent à I'égard des ressortissants des autres peuples, montre combien le jour de la victoire leur paraît proche.

 

(p.201) Il faut donc assurer à la conception raciste un instrument de combat, (…).

 

(p.205) La condition préalable mise à l'existence durable d'une humanité supérieure n'est donc pas l'Etat, mais la race qui possède les facultés requises.

 

(p.211) L'Etat raciste aura à réparer les dommages causés par tout ce qu'on néglige de faire aujourd'hui dans ce domaine. Il devra faire de la race le centre de la vie de la communauté; veiller à ce qu'elle reste pure; déclarer que l'enfant est le bien le plus précieux d'un peuple. Id devra prendre soin que, seul, l'individu sain procrée des enfants; il dira qu'il n'y a qu'un acte honteux : mettre au monde des enfants quand on est maladif et qu'on a des tares, et que l'acte de plus honorable est alors d'y renoncer. Inversement, il professera que refuser à la nation des enfants robustes est un acte répréhensible. L'Etat doit intervenir comme ayant de dépôt d'un avenir de milliers d'années au prix duquel les désirs et l'égoïsme de l'individu sont tenus pour rien et devant lequel ils doivent s'incliner ; il doit utiliser des ressources de da médecine

la plus moderne pour éclairer sa religion; il doit déclarer que tout individu notoirement malade ou atteint de tares héréditaires, donc transmissibles à ses rejetons, n'a pas le droit de se reproduire et id doit lui en enlever matériellement la faculté. Inversement, il doit veiller à ce que la fécondité de la femme saine ne soit pas limitée par l'infecte politique financière d'un système de gouvernement qui fait, de ce don du ciel qu'est une nombreuse postérité, une malédiction pour les parents. Il doit mettre un ferme à cette indifférence paresseuse, et même criminelle, qu'on témoigne aujourd'hui pour des conditions sociales permettant la formation de familles prolifiques, et se sentir le protecteur suprême de ce bien inappréciable pour un peuple. Son attention doit se porter sur l'enfant plus que sur l'adulte.

 

 

 

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Léon Poliakov about the Third Reich and the Jews

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Léon Poliakov about the Third Reich and the Jews (1)

Poliakov Léon, Bréviaire de la haine, Le IIIe Reich et les Juifs, éd. Calmann-Lévy, 1951

 

 

(p.8) / François Mauriac /

Mais ce bréviaire a été écrit pour nous aussi Fran­çais,  dont l'antisémitisme  traditionnel a survécu à ces excès d'horreur dans lesquels Vichy a eu sa timide et  ignoble  part, pour nous  surtout, catholiques français, qui devons certes à l'héroïsme et à la charité de tant d'évêques, de prêtres et de religieux à l'égard des Juifs traqués, d'avoir sauvé notre honneur, mais qui n'avons pas eu la consolation d'entendre le suc­cesseur du Galiléen, Simon-Pierre, condamner claire­ment, nettement et non par des allusions diplomati­ques, la mise en croix de ces innombrables « frères du Seigneur ». Au vénérable cardinal Suhard qui a d'ailleurs tant fait dans l'ombre pour eux, je deman­dai un jour, pendant l'occupation : « Eminence, ordon­nez-vous de prier pour les Juifs... », il leva les bras au ciel : nul doute que l'occupant n'ait eu des moyens de pression irrésistibles, et que le silence du pape et  de la hiérarchie n'ait  été un affreux devoir;   il s'agissait d'éviter de pires malheurs. Il reste qu'un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n'ont pas crié et quelles qu aient été les raisons de leur silence.

(p.9) Surtout que ce livre ne nous désespère pas : il y a ceux qui ont tué mais il y a aussi ceux qui ont su mourir. Nous n'avions pas attendu Hitler et les nazis pour savoir que l'homme n'est pas né innocent et que le mal est en lui et que la nature est blessée. Mais un héros et un saint demeurent en germe au plus secret de nos misérables cœurs.

Il dépend de nous que les martyrs n'aient pas été torturés en vain. Il dépend de nous de ne pas écarter cette multitude qui, bien loin de crier vengeance, nous crie inlassablement ce que le premier d'entre eux, le fils de David, nous a enseigné sur la montagne : « Bienheureux les doux car ils possèdent la terre. Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront conso­lés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de jus­tice, car ils seront rassasiés. Bienheureux les miséri­cordieux car ils obtiendront eux-mêmes miséricorde. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice... »

 

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(p.35) Le jour même où le gouvernement hitlérien ordon­nait le tamponnage des passeports des Juifs, le gou­vernement polonais prescrivait à ses nationaux habitant à l'étranger un tamponnage d'un autre genre. Faute de faire revêtir leurs passeports par un cachet spécial apposé par les consulats, ils allaient être déchus de la nationalité polonaise. De leur côté, les consulats polonais avaient reçu l'ins­truction de ne pas renouveler les passeports des Juifs vivant à l'étranger depuis plus de cinq années. Plus de 20 000 Juifs polonais résidant en Allemagne depuis de longues années allaient se trouver apa­trides du jour au lendemain. Cette fois-ci, la Ges­tapo le soulignait ironiquement, c'est sur la sugges­tion du ministère des Affaires étrangères que Himm-ler ordonna l'arrestation immédiate et l'expulsion de tous les Juifs polonais habitant en Allemagne. Dans la seule ville de Vienne, 3 135 Juifs furent arrêtés et envoyés en Pologne.

Mais le gouvernement de Varsovie refusa de les laisser entrer en territoire polonais. C'est ainsi que dans la région de Zbonszyn, des milliers d'hommes, femmes et enfants, premières personnes déplacées de notre époque, durent camper de longues se­maines dans un no maris land sur la frontière, par un froid rigoureux, en attendant que les gouver­nements se missent d'accord sur leur sort.

 

(p.38) Le jour suivant, à une conférence convoquée par Gœring dont il sera question plus loin, Heydrich parle déjà de 7 500 magasins détruits. Les archives du camp de Buchenwald indiquent que ce seul camp recevait entre le 10 et le 13 novembre livraison de 10 454 Juifs, où ils étaient reçus et traités avec les sadiques raffinements d'usage, couchés en plein air hivernal, battus et torturés à longueur de journée, tandis qu'un haut-parleur proclamait : « Tout Juif qui veut se pendre est prié d'avoir l'amabilité de mettre un morceau de papier portant son nom dans sa bouche, afin que nous sachions de qui il s'agit. » Cette orgie dévastatrice n'émut pas outre mesure le peuple allemand, qui en était le témoin global. Elle se poursuivait devant une indifférence quasi générale. « La réaction du peuple allemand aux pogromes de l'automne 1938 montre jusqu'où Hitler l'a mené en cinq ans et jusqu'à quel point il l'a avili », écrivait Rauschning en 1939(18). Et Karl Jaspers observe : « Lorsqu'en novembre 1938 les synagogues brûlaient et que les Juifs étaient dépor­tés pour la première fois... les généraux étaient présents; dans chaque ville, le commandant avait la possibilité d'intervenir... ils n'ont rien fait (19). »

 

(p.75)

/ Varsovie/  le jour du Vendredi Saint 1940 (…): c'est le jour où on disait dans les églises catholiques la messe dans laquelle il était question de la « perfidia judaïca » et où les fidèles tapaient du bâton, maudissant les ennemis du Seigneur. On voit comment les enseignements de l'Eglise catho­lique pouvaient contribuer, eux aussi, à l'acharne­ment des fidèles du Führer.

 

(p.82) L'impulsion  est donnée par l'expulsion des  Juifs d'Alsace-Lorraine,  pratiquement  terminée  au  début d'octobre 1940.

 

(p.84) Aux Pays-Bas et au Luxembourg, la situation est quelque peu différente, puisqu'il s'agit de « peuples de souche germanique », aux­quels tôt ou tard on espère inculquer l'évangile raciste, après quoi ils seront incorporés dans les rangs de la Race des Maîtres — tandis qu'on a affaire en France (et en Belgique wallonne) à des sous-hommes quelque peu exotiques, de toute évi­dence dégénérés, mais à l'égard desquels on res­sent confusément un complexe d'infériorité inavouable mais tenace. Politiquement, on aspire à les mainte­nir dans un état de division et de faiblesse, sien désintéressant pour le reste et les laissant cuire dans leur mauvais jus de sous-natalité biologique. Mais humainement on craint parfois de trop les choquer.

 

(p.85) L'antisémitisme de Vichy était le produit d'un croisement de la xénophobie si caractéristique d'une certaine bour­geoisie française avec une vieille doctrine antisé­mite traditionnellement réactionnaire et cléricale, qui prétendait puiser ses inspirations chez les doc­teurs de l'Eglise moyenâgeux, et se réclamait de la Somme de saint Thomas d'Aquin. Les Allemands n'imposent rien de force à Vichy : ils conseillent, « ils font des suggestions », allant même jusqu'à « laisser entrevoir aux Français l'abrogation des mesures allemandes, afin de stimuler leur initiative dans le domaine de la question juive (47) ». Vichy s'y prête de bonne grâce, et même — dans la mesure où la politique allemande était conforme à sa doctrine — avec un zèle convaincu. De cette politique, Pétain et Xavier Vallat (le premier commissaire général aux Questions juives) sont les protagonistes attitrés : Pétain prend même la précaution de se renseigner auprès du Saint-Siège sur l'opportunité des mesures vichyssoises, et la réponse très précise de son ambassadeur : « Jamais il ne m'avait rien été dit au Vatican qui supposât, de la part du Saint-Siège, une critique ou une désapprobation des actes législatifs et réglementaires dont il s'agitl » apaise sans doute définitivement sa conscience.

 

  1. Rapport du 7 septembre 1941 de Léon Bérard, ambassadeur de France près du Saint-Siège, au maréchal Pétain, sur les « questions et difficultés que pouvaient soulever les mesures prises à l'égard des Juifs ». A propos de l'attitude du Vatican, voir pp. 433 et suiv.

 

(p.175) Jodl : « Rompre tous les ponts … afin d’exciter le peuple à une combativité plus forte encore… »

 

(p.206) Lors du procès des principaux membres des groupes, qui eut lieu à Nuremberg plusieurs années plus tard, leur attitude mit à jour l'étonnante confusion men­tale régnant dans les cervelles nazies. Parmi les vingt-deux accusés, se trouvaient un professeur d'uni­versité, huit avocats, un chirurgien dentiste, un archi­tecte, un expert d'art, et même un théologien, ancien pasteur1. Tous plaidèrent non coupables; aucun n'exprima le moindre regret; tout au plus se réfé­raient-ils aux ordres reçus et aux dures nécessités de la guerre. Et cependant, lors de leur défense, ils se référaient aux mêmes valeurs de la civilisation occidentale qu'ils avaient, des années durant, fou­lées aux pieds : leurs témoins, leurs avocats, célé­braient à l'envi leur honnêteté, leurs vertus fami­liales, leurs sentiments chrétiens, et même la dou­ceur de leur caractère...

 

1. Biberstein-Szymanovski. Citons cette incroyable réplique de ce dernier, auquel le président du tribunal demandait si, en sa qualité d'ancien ecclésiastique, il n'estimait pas utile d'adresser des paroles de consolation, voire de confesser les Juifs immolés.

« Monsieur le Président, on ne jette pas des perles devant les pourceaux. » (Audience du 21 novembre 1947.)

 

 

(p.278-279) Plusieurs psychiatres allemands de renom, tels que les professeurs Heyde,

  1. L'association des médecins chargés d'administrer l'eutha­nasie portait le nom de « Reichsarbeitsgemeinschaft Heil-und Pflegeanstalten (Association du Reich, établissements thérapeuthiques et hospitaliers).

 

 

Nietzsche, Pfannmùller, apportèrent au T-4un concours actif et enthousiaste. Une autre autorité scientifique, le professeur Kranz, évaluait à un million le nombre d'Allemands dont « l'extirpation » lui paraissait souhai­table (280).

 

(p.315) Peut-être le lecteur trouvera-t-il tout de même quel­que intérêt à jeter un regard dans la conscience de ces techniciens ? Voici un extrait du journal intime de l'un d'eux, un intellectuel celui-là, le médecin docteur Kremer :

« 1.IX.1942. J'ai écrit à Berlin pour comman­der une ceinture en cuir et des bretelles. J'ai assisté l'après-midi à la désinfection d'un bloc avec du Cyclone B, afin de détruire les poux.

« 2.IX.1942. Ce matin à trois heures, j'ai assisté pour la première fois à une action spéciale. En comparaison, l'enfer de Dante me paraît une comé­die. Ce n'est pas pour rien qu'Auschwitz est appelé un camp d'extermination.

« 5.IX.1942. J'ai assisté cet après-midi à une action spéciale appliquée à des détenues de camp féminin (Musulmanes *), les pires que j'aie jamais vues. Le docteur Thilo avait raison ce matin en me disant que nous nous trouvons dans l'anus du monde 2.

 

1.  Ainsi qu'on le verra plus loin, on désignait à Auschwitz sous le terme de  « Musulmans   » les détenus arrivés au degré limite d'usure physique.

2.  A cet  endroit,   le  texte  porte  en  latin   :  anus mundi.

 

(p.315) Ce soir vers huit heures j'ai assisté à une action spé­ciale de Hollandais. Tous les hommes tiennent à prendre part à ces actions, à cause des rations spé­ciales qu'ils touchent à cette occasion, consistant en 1/5 de litre de schnaps, 5 cigarettes, 100 grammes de saucisson et pain.

« 6-7.IX.1942. Aujourd'hui, mardi, déjeuner excel­lent : soupe de tomates, un demi-poulet avec des pommes et du chou rouge, petits fours, une merveil­leuse glace à la vanille. J'ai été présenté après déjeu­ner à 1... Parti à huit heures du soir pour une action spéciale, pour la quatrième fois...

« 23.IX.1942. Assisté la nuit dernière aux sixième et septième actions spéciales. Le matin, l'Obergruppen-fiihrer Pohl est arrivé avec son état-major à la maison des Waffen-SS. La sentinelle près de la porte a été la première à me saluer. Le soir, à vingt heures, dîner dans la maison des chefs avec le général Pohl, un véri­table banquet. Nous eûmes de la tarte aux pommes, servie à volonté, du bon café, une excellente bière et des gâteaux.

« 7.X.1942. Assisté à la neuvième action spéciale. Etrangers et femmes.

« 11.X.1942. Aujourd'hui dimanche, lièvre, une belle cuisse, pour déjeuner, avec du chou rouge et du pudding, le tout pour 1.25 RM.

«12.X.1942. Inoculation contre le typhus. A la suite de quoi, état fébrile dans la soirée; ai assisté néan­moins à une action spéciale dans la nuit (1 600 per­sonnes de Hollande). Scènes terribles près du der­nier bunker. C'était la dixième action spéciale (348). »

 

  1. Mot illisible.

 

(p.370) /Himmler/

Le culte du passé germanique était l’un de ses objets de préocuppation les plus graves.

(p.371) (…) dans le Jutland une vieille Danoise, seule au monde, lui avait-on assuré, à connaître encore les métho­des de tricot en usage chez les anciens Vikings (395). En de pareilles questions, il ne lésinait ni avec le temps ni avec l'argent : dans tous les recoins de l'Europe occupée, dans la Russie à feu et à sang, et jusque dans le lointain Tibet, de coûteuses expéditions avaient mission de retrouver les traces des passages des tribus germaniques (396). Parmi d'autres indices, la couleur des cheveux et des yeux lui paraissait particulièrement convaincante dans cet ordre d'idées : et un récit nous montre Himmler, complimentant le Grand Mufti de Jérusalem pour ses yeux bleus, cette preuve formelle d'une ascendance nordique. (C'était leur première ren­contre : au cours du thé qu'il offrit à quelques chefs SS à cette occasion, les convives furent una­nimes à déplorer que l'aveugle Histoire, en per­mettant au XVIIe siècle au Saint-Empire de triom­pher sur les Turcs, retarda d'autant l'écrasement définitif du christianisme enjuivé . )

 

(p.380-381) /L’Europa-Plan visant à déporter les Juifs à Madagascar/

Il est caractéristique que Himmler hésita lon­guement avant de donner à Wisliceny des instruc­tions précises. Sa première réaction paraît avoir été favorable : il semble bien qu'une émigration massive d'enfants figurait parmi les premières mesures envisagées. Mais Eichmann, solidement installé dans sa position-clef, s'efforçait de son mieux à torpiller un accord de cette nature; il trouva un allié inattendu et influent en la personne du Grand Mufti de Jérusalem (réfugié en Allemagne depuis l'été 1941), qui veillait jalousement à ce qu'aucun Juif ne pût quitter vivant le continent européen. D'autres SS importants, en premier lieu Walter Schellenberg, le chef du service de ren­seignements de la SS, s'efforçaient d'influencer Himmler en sens contraire : pendant de longs mois, sa réponse définitive se fit attendre.

 

(p.386) D'autres négociations de cette espèce eurent lieu cependant, et furent menées à bien. Ainsi, celles rela­tives aux grands blessés de guerre, qui au cours des hostilités furent échangés à plusieurs reprises entre la Grande-Bretagne et le IIP Reich. Il en fut de même en ce qui concernait les internés civils. C'est que, et quelle qu'ait été la sauvagerie du conflit, certains grands accords internationaux, tels que la Conven­tion de Genève sur les prisonniers de guerre, restè­rent en vigueur tout au long des hostilités, sans jamais être dénoncés. Les Juifs des pays conquis n'étaient pas protégés par ces textes : ainsi que nous l'avons déjà noté, seuls ceux qui appartenaient à une nation belligérante ou neutre échappaient au sort commun. De cette manière, et « fondés en droit », les Allemands avaient beau jeu de refuser aux délégués de la Croix-Rouge internationale ou aux missions neutres l'accès des camps de concentration. Signa­lons à ce propos que lorsqu'en 1939, dès la déclaration de la guerre, le Comité de la Croix-Rouge proposa aux belligérants d'étendre aux populations civiles, « sans distinction de race, de confession ou d'opinions politiques », le bénéfice de la Convention de Genève, ce fut — par une très cruelle ironie — la Grande-Bretagne qui manifesta le plus de réticence à l'égard d'un projet que le IIIe Reich, à l'époque, « se décla­rait prêt à discuter 1 » (Certes, eût-il même été accepté,

 

1. Par sa lettre circulaire du 4 septembre 1939, le Comité international de la Croix-Rouge proposait aux belligérants, entre autres, « ...l'adoption anticipée et au moins provisoire, pour le seul conflit actuel et pour sa seule durée, des dispositions du projet de Convention sus-mentionné... » (II s'agissait du projet dit « de Tokio » étendant aux civils les bénéfices de la Conven­tion de Genève.)

Par lettre du 30 novembre 1939, le ministère des Affaires étrangères du Reich confirmait que, « du côté allemand, on estimait que le « projet de Tokio » pourrait servir de base à la conclu­sion d'un accord international sur le traitement et la protection des civils se trouvant en territoire ennemi ou occupé »...

Le 23 novembre 1939, le gouvernement de la IIIe République écrivait : « Le gouvernement français reconnaît pleinement 1 in­térêt... du projet dit de Tokio. Il estime, cependant, que le texte dont il s'agit nécessiterait encore une étude attentive... qui ris­querait de demander un assez long délai et de retarder d'autant la solution des problèmes... »

Quant au gouvernement britannique, ce n'est que le 30 avril 1940 qu'il donnait une réponse à la lettre-circulaire, indiquant qu'il préférait avoir recours à un accord bilatéral avec le gouver­nement du IIF Reich. (Cf. Comité international de la Croix-Rouge; documents sur l'activité du Comité en faveur des civils détenus dans les camps de concentration d'Allemagne, Genève, 1946.)

 

 

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Léon Poliakov about the Third Reich and the Jews (2)

(p.387) un pareil texte n'aurait pas empêché les Nazis d'y passer outre : mais la question se serait trouvée pla­cée sur un nouveau terrain, mettant à la disposition de la Croix-Rouge, des neutres et des Alliés de meil­leurs moyens d'action. Le privilège dont bénéfi­cièrent jusqu'à la fin les prisonniers de guerre juifs est à cet égard bien significatif.) Dès lors n'eût-il pas fallu, dans le camp allié, faire un puissant effort d'imagination, afin de tenter de mettre un terme à l'agonie des premières victimes désignées de l'enne­mi ? Rien de pareil ne fut fait, ou trop peu et trop tard : un organisme spécialement créé dans ce but par le président Roosevelt, le « War Refugees Board », ne surgit qu'en 1944, et son activité fut ligotée jusqu'à la fin par de mesquines entraves administratives. Le gouvernement britannique pour­suivait sa politique palestinienne (celle du « Livre Blanc » de 1939) avec une obstination implacable, et rejetait systématiquement dans la mer les quelques rares bateaux transportant des réfugiés échappés à l'enfer hitlérien. Des accusations sévères, venant par­fois de bouches très autorisées, furent élevées à ce propos contre les chancelleries alliées, et un témoin tel que Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor du cabinet américain, a pu parler de « combinaison

 

(p.388) satanique d'ambiguïté et de glaciale froideur britan­niques, équivalant à une sentence de mort (418) ». Le même Morgenthau accusait, dans un document of­ficiel, les hauts fonctionnaires du State Department :

« 1° D'avoir entièrement échoué à empêcher l'ex­termination des Juifs dans l'Europe contrôlée par les Allemands.

« 2° D'avoir camouflé leur mauvaise volonté par la constitution d'organisations factices, telles que les organisations intergouvernementales pour contrô­ler le problème des réfugiés.

« f D'avoir supprimé pendant deux mois les rap­ports adressés au State Department sur les atrocités allemandes, après que la publication de rapports analogues eut intensifié la pression de l'opinion publique (419). »

Quant à des moyens d'action plus puissants, telles de vastes mesures de représailles, que la suprématie aérienne des Alliés rendait possibles, ils ne furent jamais envisagés. Et le bombardement des usines de la mort — opération militairement facile, qui aurait déréglé le processus exterminatoire et qui aurait été grosse d'effets psychologiques — bien que maintes fois réclamé par les organisations juives, leur fut toujours refusé.

Divers auteurs, des historiens juifs en particulier, en commentant la somme de toutes ces carences, ont ouvertement parlé d'antisémitisme systématique : une phrase terrible a été citée, venant de la bouche d'un homme d'Etat allié à l'époque où, au prin­temps 1944, des diplomates allemands avaient lancé le bruit d'un prochain refoulement massif des Juifs sur un territoire allié ou neutre l : « Mais où allons-

 

  1. Il semble qu'il s'est agi d'une idée de Ribbentrop, née dans son esprit à l'époque où, à la veille du débarquement allié en Normandie, la propagande allemande se livrait à diverses ma­nœuvres psychologiques.

 

(p.389) nous les mettre 1 ? » Sans doute un tel facteur peut-il expliquer maintes réticences; mais peut-être n'est-il pas nécessaire de chercher dans une hostilité consciente la raison essentielle de l'inactivité presque totale du monde en face du martyrologe juif. Plutôt s'agissait-il d'un état de choses établi; et l'absence de textes ou de conventions protégeant les Juifs ne faisait que consacrer leur faiblesse séculaire. Si leurs souffrances ne trouvaient pas d'écho, c'est que le monde prenait facilement son parti de leurs plaintes. Et ils n'avaient rien d'autre à jeter dans la balance. La situation d'un peuple sans patrie, dont l'impuis­sance même, à travers les âges, a toujours été comme une provocation au massacre, fut à la vérité la rai­son majeure d'une impunité de fait dont les Nazis se sentaient bien le bénéfice assuré. (…)

 

Cf. le rapport de Veesenmayer, ambassadeur allemand à Bu­dapest, à son gouvernement, en date du 3 avril 1944 : « La réac­tion de la population de Budapest aux deux attaques aériennes amenait dans de nombreux milieux une recrudescence de l'anti­sémitisme. Hier, des tracts furent distribués, qui réclamaient la vie de cent Juifs pour chaque Hongrois tué... Je n'aurais aucun scrupule à faire fusiller dix Juifs judicieusement choisis pour chaque Hongrois tué... J'avais du reste l'impression que le gou­vernement (hongrois) serait prêt à mettre à exécution pareille mesure, et de son propre chef. D'autre part, une telle action, si elle est engagée, doit être exécutée sans faiblesse. Pour tenir compte des propositions faites au Fiihrer par M. le ministre des Affaires étrangères, concernant la possibilité d'offrir tous les Juifs en cadeau à Churchill et à Roosevelt, je vous prie de bien vou­loir me faire savoir si cette idée est toujours retenue, ou si je puis commencer avec lesdites représailles après la prochaine attaque. »

 

  1. L'authenticité de cette phrase, dont les termes nous ont été confirmés par une source très autorisée, ne laisse la place au moindre doute. Son auteur était Lord Moyne, à l'époque mi­nistre d'Etat britannique au Proche-Orient.

 

 

(p.391) LES GRANDS DESSEINS NAZIS

 

Nous allons sortir maintenant de l'atmosphère de haine pure, de la destruction comme fin en soi, et, quittant la démente ambiance des industries de la mort, entrer dans un domaine où les intentions et les actes des dirigeants nazis, aussi implacables, aussi féroces qu'ils aient été, revêtent à première vue un aspect moins déconcertant. Ils ne sont plus sans pré­cédent : ils paraissent faire écho aux entreprises des grands conquérants à travers les âges, poussées en l'espèce, il est vrai, à leurs conséquences les plus extrêmes. Il s'agit du sort réservé par le IIIe Réich aux peuples asservis, aux races dites « inférieures » : projets qui, bien qu'ils ne dussent connaître leur plein accomplissement qu'après la victoire, étaient déjà mis à exécution avec une hâte fébrile, à mesure que l'emprise allemande s'étendait sur l'Europe.

Si, dans l'eschatologie nazie, le Juif occupait la place de Satan, le non-germain en général, le « sous-homme », démuni de tout attribut sacré, était délibé­rément rangé parmi les catégories du monde animal, et considéré tout au mieux (suivant une définition courante) comme « une forme de transition entre l'animal et l'homme nordique ». A l'égard du Polonais, du Tchèque ou du Français, le souffle de (p.392) haine paraît donc absent, qui aurait poussé à décré­ter l'extermination de cette bête de somme par ail­leurs si utile, appelée à jouer son rôle dans l'édifi­cation du IIIe Reich millénaire. Les mesures de per­sécution, en ce qui le concerne, sont motivées tout autrement. Il s'agit dans ce cas de considérations éco­nomiques et démographiques qui, s'insérant dans le cadre d'un plan impérialiste, visent à assurer la primauté permanente et certaine de la race germa­nique; il est question de courbes de natalité et d'in­dices de reproduction, de la prolifération menaçante des Slaves, de la saignée occasionnée par la guerre parmi les Allemands... Et cependant, partant d'un point de vue apparemment plus rationnel, et faisant appel à des techniques plus subtiles, les Nazis ten­daient, ainsi qu'on le verra, au même but, celui de la suppression physique des autres peuples : le même terme de génocide s'y applique, même s'il s'est par­fois agi en l'espèce d'un génocide « à retardement », plus insidieux et plus lent. Derrière les nuances de terminologie et de méthodes, on retrouve en fin de compte l'identité des faits; derrière les superstruc­tures et les rationalisations, on retrouve le même déferlement homicide, et les mêmes fleuves de sang. Du coup, en embrassant l'ensemble, on aperçoit mieux la vraie signification de l'extermination totale des Juifs, signe avant-coureur d'holocaustes plus vastes et plus généralisés. En fait, une fois déclen­chée la « solution finale », les barrières mentales sont rompues, et le précédent psychologique créé : éprou­vés aussi de leur côté, les procédés techniques. Aussi bien, on aurait pu conclure, par un simple raisonne­ment inductif, qu'une entreprise aussi démente ne pouvait s'arrêter à mi-chemin, et que, si seulement la fortune des armes en eût laissé le temps aux Nazis, elle aurait, par la seule force de sa logique interne, happé d'autres peuples et d'autres races dans son engrenage implacable. Car « le racisme est comme la maladie de la rage : nul ne peut savoir d'avance sur qui l'adorateur (p.393) de son propre sang déchargera la fureur qui le tourmente 1 ».

Rien n'est aussi oiseux que la tentative de pré­figurer des événements qui n'eurent jamais lieu, et l'hé­gémonie allemande sur l'Europe fut de trop courte durée pour que ces destins menaçants aient eu le temps de s'accomplir. Mais en cinq années de guerre, la courbe d'un génocide plus généralisé se dessinait avec assez de netteté déjà pour qu'on puisse, sans quitter le terrain de l'Histoire pure, évoquer égale­ment le sort des sous-hommes qui n'étaient pas nés Juifs. A leur égard, deux procédés sont appliqués si­multanément, avec une ampleur variant suivant les régions géographiques : une extermination directe partielle, caractéristique surtout pour l'URSS, et un ensemble de mesures plus circonspectes, plus caute­leuses, en vue d'une extinction.

 

 

(p.426)  Mais jusqu'aux organisations de résistance, ces conclusions furent loin d'être unanimement tirées dans les pays de l'Est. Nous avons déjà eu l'occasion de parler de l'attitude réticente des organisations clan­destines polonaises à l'égard de ceux-là mêmes d'entre les Juifs qui s'efforçaient de combattre les armes à la main. Quant aux masses populaires (et contraire­ment aux prévisions exprimées en 1940 par le général Blaskowitz : « Très rapidement... les Polonais et les Juifs, appuyés par l'Eglise catholique, se coali­seront sur toute la ligne dans leur haine contre leurs bourreaux... » : cf. p. 25), leur attitude paraissait surtout faite d'indifférence — tandis que des mino­rités agissantes s'attachaient à recueillir les innom­brables fruits que le pillage et les dénonciations pouvaient leur assurer. Il y eut certes aussi en sens contraire un certain nombre d'actes de dévouement et d'héroïsme individuels : mais la tendance domi­nante s'exprimait en complète apathie, résultante de réactions de peur et aussi de satisfaction inavouable. Cette apathie, qui ne faisait que répondre à l'antisé­mitisme traditionnel des Polonais, trouve son expres­sion négative dans l'absence absolue de protestations ou manifestations collectives, telles que par exemple l'épiscopat de la très catholique Pologne les adressa à des reprises réitérées au gouverneur général Frank à d'autres sujets. (Lorsque, dans un de ces documents, son auteur mentionne le sort des Juifs, ce n'est que pour s'indigner de la dépravation morale suscitée chez les exécutants des massacres : «...Je ne vais pas m'étendre longuement sur un fait aussi affreux que l'utilisation de la jeunesse alcoolisée du service du

 

travail pour l'extermination des Juifs. » Cette phrase d'une ambiguïté terrible est extraite d'une protes­tation adressée à Frank par Adam Sapieha, prince-archevêque de Cracovie) (468). Quelles qu'en aient été les profondes raisons historiques, quels qu'aient été aussi le nombre et la qualité des exceptions indivi­duelles, les innombrables témoignages sont tellement concordants 1, que l'amère constatation ne peut être évitée : l'attitude populaire polonaise, en face de l'agonie des Juifs, ne se distinguait guère de l'atti­tude allemande. Et plus loin à l'Est, en Ukraine en particulier, pour laquelle nous ne disposons guère de témoignages directs, les dispositions populaires semblent avoir été du même ordre, du moins si l'on en croit les avis placides ou les sarcasmes fielleux dont abondent les archives nazies : « La population indigène, qui n'ignore rien du processus de la liqui­dation, le considère avec calme, en partie avec satis­faction, et la milice ukrainienne y prend part (469). » « La population de Crimée a une attitude antijuive, et dans des cas isolés remet elle-même des Juifs aux kommandos aux fins de liquidation. Les Starostas (maires) demandent à être autorisés à liquider eux-mêmes les Juifs (470). »

Peut-être un jugement quelque peu plus nuancé pourrait-il être porté sur les autres pays de l'Est et du Sud-Est. Ce n'est pas que la population hongroise, par exemple, ait donné des preuves d'une vive émo­tion, lors de la déportation-éclair des Juifs de Hongrie 2,

 

1.  Des  dizaines  d'ouvrages,   des  centaines  de  dépositions  et récits  de  survivants,  fournissaient   un  tableau  d'une  unanimité à peu près complète. Si nous n'apportons ni citations ni détails, c'est pour ne pas  nous répéter, et aussi par manque de place.

2.  On   trouve   dans   un   rapport   soumis   à   Washington   par l'« Office of Stratégie Services », et daté du 19 octobre 1944, une intéressante analyse des réactions  hongroises  aux déportations de Juifs. « La réaction générale de la population hongroise aux mesures   antisémites   du   gouvernement   est   difficile   à   caracté­riser. D'une part il y a des preuves que de larges couches de l'in­telligentsia hongroise et de la classe moyenne inférieure en par­ticulier ont  adhéré  à la propagande  antijuive. 

 

(p.430-431) Insensiblement, on tend à se désolidariser du réprouvé, marqué du signe évident du châtiment et du malheur. (Ainsi voit-on les foules se porter au secours de l'homme poursuivi par la police; et s'écar­ter sur le passage du condamné qui sort de geôle; on ne se soucie guère de connaître son crime, les portes se ferment devant lui, il est relégué au ban de la société.) De sourdes hostilités ancestrales se rani­maient de la sorte, sur le fond d'une campagne de diffamation poursuivie sans relâche, insinuante et omniprésente, soulevant une attention interrogative jusqu'au sein de milieux traditionnellement indifférents ou réfractaires 1.

 

1. Voici, parmi tant d'autres, un document particulièrement caractéristique à cet égard. Il s'agit d'une supplique collective adressée, en 1941, au maréchal Pétain par la population de Tpurnon-d'Agenais, village perdu de Lot-et-Garonne, dont les ha­bitants n'avaient sans doute de leur vie jamais aperçu de Juifs ! La pétition est revêtue de cent quatre-vingt-quinze signatures :

« Nous soussignés, habitants de l'agglomération du chef-lieu de canton de Tournon-d'Agenais (Lot-et-Garonne) avons l'honneur de porter à votre connaissance les faits suivants :

« La population totale de notre petite cité est de 275 per­sonnes et on nous annonce l'arrivée prochaine de 150 Juifs indé­sirables, qui devront habiter parmi nous en résidence assignée. Tout nous porte à croire que ce renseignement est exact, car on a déjà déposé de la literie et une certaine quantité de paille dans nos établissements publics.

« Nous sommes tous, Monsieur le Maréchal, très fortement émus de cette perspective. L'invasion de 150 Juifs indésirables chez 275 Français au caractère paisible par excellence équivaut à une véritable colonisation et nous appréhendons de voir des étrangers grâce à leur nombre nous supplanter outrageusement.

« Ce sont, nous a-t-on précisé, des indésirables que nous allons recevoir. Ils le sont au même titre pour tous les Fran­çais sans nul doute et ne sauraient l'être moins pour nous que pour les régions qui s'en débarrassent.

« Cent cinquante indésirables peuvent à la rigueur passer presque inaperçus au milieu de plusieurs milliers d'habitants. Leur présence devient intolérable et dégénère en brimade, pour une population qui est moins du double qu'eux et se trouve astreinte de ce fait à une promiscuité pour ne pas dire à une cohabitation révoltante.

« Fidèles à notre réputation d'hospitalité, nous avons accueilli de notre mieux des Sarrois, des Espagnols, puis des Français

(p.432)  « En outre, nous n'avons à Tournon ni eau, ni cabinets d'aisance. Nous n'avons pas non plus de marché pour notre approvisionnement et les trois petits restaurants qui s'y trouvent alimentent actuellement à grand-peine les quelques clients de passage qui s'y présentent occasionnellement.

« Les questions d'hygiène et d'alimentation doivent certaine­ment tenir une très grande place dans les préoccupations de votre administration; elles s'allient ici, d'une façon étroite et la plus intime, avec la question morale, ethnique et vraiment fran­çaise.

« Connaissant votre paternelle sollicitude à l'égard de tous nos intérêts, nous sommes sûrs. Monsieur le Maréchal, qu'il vous suffira de connaître la pénible et injuste perspective qui nous menace, pour que vous provoquiez des ordres susceptibles de nous en épargner la douloureuse réalisation.

« Cependant nous nous rendons bien compte que des Juifs sont des humains comme nous, qui, un jour, sont obligés de trou­ver leur gîte quelque part. — Si, dans votre sagesse, vous estimez que le bien supérieur de l'Etat exige de nous le sacrifice de les supporter, nous nous résignerons, mais non sans une incommen­surable amertume; en vous demandant s'il ne vous serait pas possible de nous atténuer ce pénible contact, en les logeant dans un camp séparé près d'une source, ou d'un petit ruisseau (il en existe dans notre commune) où toutes les questions de surveillance, d'hygiène et de ravitaillement pourraient être avantageusement résolues, pour les hôtes qui nous sont imposés par le malheur, aussi bien que pour nous-mêmes.

« Dans cet espoir nous vous prions, Monsieur le Maréchal, de daigner agréer l'expression de notre sincère reconnaissance, avec l'assurance de notre respectueux dévouement. »

 

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Léon Poliakov about the Third Reich and the Jews (3)

(p.433) Ainsi, et quelles qu'aient été les innombrables marques de bienveillance et de solidarité prodiguées au cours des années de vicissitudes, son sort d'éternel proscrit était durement rappelé au peuple d'Israël.

De l'Italie à la Norvège, les réactions populaires dans les pays de l'Ouest furent-elles partout les mêmes ? Evaluer des comportements collectifs est une déli­cate entreprise; et ces événements sont trop récents encore, trop rapprochés de nous, pour faciliter les jugements définitifs. Mais si on se livre à une compa­raison rapide, on croit apercevoir nettement que les petits peuples pacifiques, aux vieilles traditions démocratiques, furent ceux à réagir avec le plus de fermeté et d'unanimité. Ainsi les Pays-Bas, où les premières déportations, en février 1941, suscitèrent un émoi tel que, chose inconcevable sous la botte nazie, une grève générale de plusieurs jours se déclencha spontanément à Amsterdam; ou le Danemark, où les déportations furent déjouées avec la collaboration active de la population tout entière, où, nous l'avons vu, les Allemands n'osèrent pas imposer l'étoile jaune aux Juifs, à la suite de l'attitude du roi Christian X. (Rappelons aussi que dans la lointaine et petite Bulgarie, de vastes manifestations populaires eurent lieu lors des déportations, aux cris de : « Nous vou­lons que les Juifs reviennent ! ») Ainsi, ces faibles pays, que leur histoire même avait harmonieuse­ment mis à l'abri des excès et tentations impérialistes, auront donné au monde une fois de plus la preuve de leur maturité et de leur équilibre.

 

(p.434) A cet égard, un champ d'action particulièrement vaste s'ouvrait au monolithe de l'Eglise catholique, à laquelle étaient rattachées (l'URSS exceptée) plus des trois quarts des populations de l'ensemble des pays subjugués. En des temps révolus, au cours du Moyen Age, l'attitude du catholicisme envers les Juifs comportait deux aspects, et la doctrine officielle, telle qu'elle a été articulée par saint Thomas d'Aquin, tout en prescrivant d'une part de protéger la vie des Juifs, approuvait de l'autre toutes les mesures d'exac­tions et d'abaissement à leur égard. S'il est vrai que les papes et les princes de l'Eglise s'opposèrent maintes fois, au nom de la charité chrétienne, aux massacres des Juifs, il est également vrai que ses théologiens et ses penseurs acceptaient comme natu­relle et salutaire leur condition particulière 1.

 

1. Voici comment saint Thomas d'Aquin résumait la doctrine générale, dans une réponse à la duchesse de Brabant, qui lui demandait « dans quelle mesure elle pouvait exercer des exac­tions contre les Juifs » :

« ...bien que, selon les lois, les Juifs sont "promus par leur propre faute à la servitude perpétuelle, et que les seigneurs peu­vent considérer comme leurs tous leurs biens terrestres, compte tenu de cette réserve que l'indispensable à la vie ne leur soit pas retiré — (...) il semble que l'on doit s'en tenir à ne contrain­dre les Juifs à aucune servitude dont ils n'auraient pas fait l'ob­jet les années passées, car c'est ce qui sort des usages qui trouble le plus les esprits. En vous conformant à de tels principes de modération, vous pouvez suivre les usages de vos prédé­cesseurs en ce qui concerne les exactions à exercer à l'égard des Juifs, à condition cependant que rien ne s'y oppose par ailleurs » (470 bis).

 

 

(p.436) Précurseur de l'étoile jaune, le port de la « rouelle » ne fut-il pas introduit en 1215 par le concile de Latran ? C'est que, face à l'Eglise Triomphante, un rôle par­ticulier revenait à la Synagogue Voilée 1; les Juifs abaissés et humiliés étaient les témoins tangibles de la vérité de la Foi, de la grandeur et de la réalité des dogmes. Ainsi donc, une volonté soutenue d'abaisse­ment d'une part, le principe de l'intangibilité des vies juives de l'autre, caractérisaient de tous temps l'action de l'Eglise catholique. Impossible compatibilité, sans cesse mise en question au cours de siècles de massacres, et dont il appartenait à notre âge de faire éclater les contradictions profondes !

Empressons-nous de dire tout de suite que, face à la terreur hitlérienne, les Eglises déployèrent sur le plan de l'action humanitaire immédiate une activité inlassable et inoubliable, avec l'approbation ou sous l'impulsion du Vatican. Nous manquons d'éléments pour parler des instructions précises communi­quées par le Saint-Siège aux Eglises des différents pays : mais la concordance des efforts entrepris à l'heure des déportations établit que de telles démarches eurent lieu. Nous avons eu l'occasion de mentionner l'intervention du clergé slovaque 2, qui, ainsi que le précise le rapport allemand qui traite de cette ques­tion, agissait sous l'influencedu Saint-Siège. En Pologne, on trouve un écho d'une telle prise de position du Vatican dans les considérations développées en privé par Mgr Szepticki, métropolite de l'Eglise catholique

 

1.  Opposition   Eglise   Triomphante-Synagogue   Voilée;   c'est   le thème qu'on  retrouve sur le fronton de mainte cathédrale, où l'Eglise est  représentée sous les traits d'une jeune femme res­plendissante, tandis qu'une autre figure, portant un bandeau sur les yeux, personnifie la Synagogue.

  1. Cf. p. 245.

 

(p.436) uniate de Galicie ', suivant lesquelles « l'extermina­tion des Juifs était inadmissible ». (Un des témoins de cet entretien confidentiel s'était empressé d'en faire part aux Allemands, en ajoutant : « II (le métro­polite) formule les mêmes pensées que les évêques français, belges et hollandais, comme s'ils avaient tous reçu du Vatican des instructions identi­ques (471). ») Encore que dans les pays de l'Est, conformément en ceci à la mentalité ambiante, l'atti­tude du clergé fût infiniment moins combative qu'à l'Ouest, où nombre de prélats, en France, aux Pays-Bas et ailleurs, ne se contentant pas de démarches prudentes et diplomatiques, firent dire publique­ment des prières pour les Juifs. — Dans ce même ordre d'idées, la série des cahiers de Témoignage chrétien, perpétuant dans la clandestinité la tradition d'un Charles Péguy, et barrant le chemin à la conta­gion raciste, sous l'exergue « France, prends garde de perdre ton âme », appartient certainement aux pages les plus belles de la Résistance française. — Ajoutons que, dans sa cité, le Saint Père en personne accordait aide et protection à des dizaines de Juifs romains : de même lorsque en octobre 1943 les Nazis imposèrent une contribution exorbitante à la communauté juive de Rome, il offrit quinze kilos d'or afin de parfaire la somme.

Cette activité humanitaire du Vatican se poursui­vait nécessairement d'une manière prudente et dis­crète. L'immensité des intérêts dont le Saint Père avait la charge, les puissants moyens de chantage dont disposaient les Nazis à l'échelle de l'Eglise uni­verselle, contribuaient sans doute à l'empêcher de prononcer en personne cette protestation solennelle et publique qui, cependant, était ardemment atten­due par les persécutés. Il est pénible de constater

 

  1. L'Eglise catholique uniate (ruthénienne) est soumise à l'au­torité suprême du Saint-Siège aussi inconditionnellement que les autres églises catholiques, dont elle ne se distingue que par quelques particularités de rite (liturgie en ancien slavon, etc.).

 

(p.437) que tout le long de la guerre, tandis que les usines de la mort tournaient tous fours allumés, la papauté gardait le silence : il faut toutefois reconnaître qu'ainsi que l'expérience l'a montré à l'échelle locale, des protestations publiques pouvaient être immé­diatement suivies de sanctions impitoyables. (C'est ainsi qu'aux Pays-Bas, les Juifs convertis au catho­licisme furent déportés en même temps que les autres, à la suite d'un mandement épiscopal rendu public dans les Eglises catholiques, tandis qu'un sursis fut accordé aux Juifs protestants, l'Eglise pro­testante s'étant abstenue de protester publiquement. Sursis, il est vrai, de peu de durée; quelques mois plus tard, ils partageaient le sort commun.) Qu'aurait été l'effet d'une condamnation solennelle prononcée par l'autorité suprême du catholicisme ? La portée de principe d'une attitude intransigeante en la matière aurait été immense : quant à ses conséquences pra­tiques immédiates et précises, tant pour les œuvres et institutions de l'Eglise catholique que pour les Juifs eux-mêmes, c'est une question sur laquelle il est plus hasardeux de se prononcer.

 

 

(p.439) (…) la promulgation, en juin 1941, du « Statut des Juifs » ne provoqua de la part de l'épiscopat français (malgré l'exemple qui lui avait été donné par l'Eglise réformée de France, sur ce point) aucune protestation spécifique. En outre, il existe un témoignage d'après lequel ce Statut n'aurait soulevé aucune réprobation au sein des milieux du gouvernement suprême de l'Eglise catholique. Léon Bérard, ambassadeur de l',Etat français au Saint-Siège, fut en effet expressément chargé par le maréchal Pétain de s'assurer des dispo­tions romaines en la matière, et son rapport, qu'il mit plusieurs semaines à élaborer, précisait que le « sta­tut » ne soulevait, du point de vue catholique romain, nulle critique ou réprobation. Après avoir mis en valeur le soin et la minutie avec lesquels il avait recueilli ses informations, et s'être couvert de l'auto­rité de saint Thomas d'Aquin, l'ambassadeur Bérard concluait :

« Comme quelqu'un d'autorisé me l'a dit au Vati­can, il ne nous sera intenté nulle querelle pour le sta­tut des Juifs. Un double vœu cependant m'a été exprimé par les représentants du Saint-Siège, avec le désir visible qu'ils fussent soumis au Chef de l'Etat français :

« 1° Qu'il ne soit ajouté à la loi sur les Juifs aucune disposition touchant au mariage. Là, nous irions au devant de difficultés d'ordre religieux...

« 2" Qu'il soit tenu compte, dans l'application de la loi, des préceptes de la justice et de la charité. Mes interlocuteurs m'ont paru viser surtout la liquidation des affaires où les Juifs possèdent des intérêts.

« Veuillez m'excuser, Monsieur le Maréchal, de vous avoir si longuement écrit... »

 

Or, s'il est loisible de supposer que le diplomate de Vichy alla chercher ses informations auprès des prélats qu'il se savait favorables et qu'il les interpréta (p.440)

de manière à incommoder le moins possible le maître qu'il servait, il n'en reste pas moins qu'un tel rap­port aurait été impossible si son auteur avait eu à faire face à une désapprobation formelle et franche du pape... Il n'appartient pas à un auteur Israélite de se prononcer au sujet des dogmes séculaires d'une autre religion; mais devant l'immensité des consé­quences, on ne peut s'empêcher d'être profondément troublé.

Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de notre émoi. Nous n'admettons pas qu'il y eût, fût-ce une trace d'antisémitisme dans la pensée du pape. Si, contrairement à tant d'évêques français, il n'avait pas élevé la voix, c'est que sans doute sa juridiction s'étendait à l'ensemble de l'Europe, et qu'il avait à tenir compte non seulement des graves menaces suspendues au-dessus de l'Eglise, mais aussi de l'état d'esprit de ses fidèles dans tous les pays. Le penseur catholique Jacques Madaule a fait observer que « l'Eglise est une démocratie », « qu'il est à peu près impossible que le pape se prononce s'il n'y est poussé par une espèce de grand mouvement d'opinion qui vient de la masse et qui doit remonter des fidèles aux prêtres (472) ». On peut admettre que si le pape est resté inactif, c'est qu'il ne se sentait pas assuré de ce « grand mouvement d'opinion qui vient de la masse ». Mais il en découlerait alors — et c'est là que réside la gravité du problème — que le silence du Vatican ne faisait que refléter les dispositions profondes des masses catholiques d'Europe. On croit voir s'illuminer ainsi une essentielle toile de fond, et déceler à l'arrière-plan des séquences causales qui ont abouti au génocide, son ultime condition néces-. saire... Un catéchisme inculqué des siècles durant à tous les enfants chrétiens ne leur apprenait-il pas que les Juifs, meurtriers de Jésus sont damnables ? Une prière dite le Vendredi saint ne parlait-elle pas des « Juifs perfides » et de la « perfidie juive » ? Les prédicateurs, de l'Aigle de Meaux au curé du village, (p.441) ne les ont-ils pas qualifiés, de génération en généra­tion, de « peuple monstrueux, sans feu ni lieu » ? Hâtons-nous de dire que de nos jours, l'Eglise catho­lique a commencé en ce domaine une révision radi­cale de son enseignement. Le clergé français, en par­ticulier, semble avoir déclaré à l'antisémitisme un combat résolu; à Rome aussi, à l'heure où nous revi­sons la nouvelle édition de ce Bréviaire, des réformes semblent prochaines. Mais il a fallu Auschwitz pour que tout cela soit entrepris : et qui pourra jamais dire le rôle que de pareilles impressions de prime enfance, profondément gravées dans les esprits, ont pu jouer dans le déroulement des événements qui ont conduit à Auschwitz ? 1

Certes, le problème ne concerne pas les catholiques seuls, et s'étend à la chrétienté tout entière. Sans remonter au Moyen Age, il est utile de rappeler qu'il y a quelques décades à peine, des prédicateurs chré­tiens d'Allemagne, d'Autriche et d'ailleurs, qu'ils s'appelassent Lùger, Stocker ou Mgr Jouin, étaient les principaux hérauts de l'antisémitisme européen. La graine ainsi semée a proliféré, et les fruits fina­lement recueillis auraient sans doute vivement sur­pris ces imprudents pasteurs. Ils étaient inconscients de ce que l'antisémitisme comporte de fondamenta­lement antichrétien; l'agressivité destructrice, ou, pour mieux dire, « destructivité », telle que l'exprime le génocide, restait encore bridée chez eux.

 

  1. (Note de 1974). Ces lignes datent de l'année 1958. Depuis, au-delà des décisions historiques du concile Vatican II, il y a eu dans les pays occidentaux, et notamment en France, une révision si radicale de l'attitude catholique à l'égard des Juifs, que la mise à jour de ce livre m'aurait imposé une assez longue digres­sion. J'ai donc préféré me satisfaire de ce bref rappel.

 

(p.443) Les pages qui précèdent ne sont qu une tentative pour démêler, parmi toute la multiplicité de facteurs qui ont abouti au génocide, ses causes majeures, proches pu lointaines. Rien ne serait plus éloigné de notre but que de faire méconnaître la généreuse acti­vité déployée sur le plan local par le clergé des pays de l'Ouest, et en France en particulier. Ce n'est qu'en haut de l'échelle que le mutisme obstiné du Vatican trouve sa contrepartie dans la prudente réserve d'un cardinal Suhard, archevêque de Paris, et d'autres hauts dignitaires (tandis que les archevêques de Lyon et de Toulouse ainsi que nombre d'évêques font entendre leurs protestations). Le bas clergé, par contre, et les ordres monastiques, rivalisaient de hardiesse et d'ardeur, et furent les principaux anima­teurs des efforts entrepris pour le sauvetage des Juifs. Des dizaines de prêtres et d'humbles moines payèrent de leur vie leur dévouement. Dans cette œuvre d'amour humaine, on croit retrouver l'empreinte de la pureté intransigeante et de l'élan des premiers martyrs chrétiens...

 

Réactions juives.

 

Plus de trois années après la fin de la guerre, les misérables survivants juifs de l'enfer concentration­naire végétaient encore en Allemagne, derrière les enceintes des camps pour « personnes déplacées ». Aucun pays ne voulait les accueillir; la Palestine juive, dont les habitants leur tendaient les bras, était gar­dée par les croiseurs anglais. Allaient-ils se morfondre indéfiniment dans le pays même de leur agonie ? Il fallut la naissance de l'Etat d'Israël pour mettre un terme au drame.

 

 

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1946- Poland - a pogrom in Kielce (in: FAZ 10/06/2010)

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