19/09/2009

Anti-Semitism: foundation

Vaute Paul, Le livre noir de la modernité, LB 08/01/2001

 

Pour le professeur Joël Kotek (ULB), coauteur du « Siècle des camps »*, ceux-ci sont étroitement liés à l’exigence d’homogénéité des Etats nationaux.

« Tant qu’on n’est pas dans le cadre d’un Etat national avec l’idée d’homogénéité, la question ne se pose pas. Il peut y avoir des heurts ou des pogroms mais pas de génocides. A partir du moment où il ‘faut’ une nation sur base d’une langue avec une structure politique, tout ce qui est hétérogène pose problème. »

 

* Joël Kotek et Pierre Rigoulot, « Le siècle des camps. Détention, concentration, extermination. Cent ans de mal radical. », JC Lattès, 809 p. (29,50 euros)

 

Evil lurks in us all, in : Alquin, March 2001, from « The Observer »

 

A new study shows that crude loyalty to our social group and blind obedience make tyranny possible anywhere.

“The majority of people apparently have a psychological tendency to obey and conform.” (…)

“The controversial programme /a BBC programme called “Five steps to tyranny”, on the nature of evil/ argues that everyday prejudice can quickly develop into full-blown oppression and even genocide. The first step to tyranny, it suggests, is the creation of ‘in’ and ‘out’ groups based on irrational prejudice.” (…)

 

(Professor Zimbardo of Stanford University)

“More crimes are committed in the name of obedience than disobedience: “It is those who follow any authority blindly who are the real danger.”

 

Lazard PEREZ (anc. président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique), Le terme « antisémite » ne concerne malheureusement que les seuls « Juifs », LS 12/02/2004

 

Le titre de la carte blanche  d'Ali Khedar - « Si vous tenez si fort à être sémites, sachez que

nous le sommes aussi » - s'adresse vraisemblablement à la communauté juive. Cette affirmation est généralement utilisée par les Arabes pour affirmer l'impossibilité pour eux d'être antisémites puisqu'ils sont également sémites. Il s'agit d'un procédé quelque peu éculé destiné à induire en erreur un public qui pourrait ignorer l'acception même du mot « antisémite » .

Ouvrons un dictionnaire tel que le Petit Larousse Illustré qui donne la définition suivante du terme « antisémitisme » : « Doctrine ou attitude d’hostilité sytématique à l’égard des juifs. »

Elargissons notre information en consultant le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse en dix volumes qui complète la définition donnée ci-dessus comme suit : « Le terme antisémite fut créé en 1879 par le pamphlétaire allemand Wilhelm MARR et s’applique dès lors à toutes les formes d'hostilité antijuive. "

Dont acte.

Si beaucoup de peuples sont issus de Sem (fils du patriarche biblique Noé), tels que les Assyro-Babyloniens, les Amorrites, les Araméens, les Phéniciens, les Arabes, les Hébreux, les Éthiopiens, le terme « antisémite » par contre ne concerne malheureusement que les seuls « Juifs ».

En d'autres mots, les exactions auxquels sont soumis nos enfants, l’agression qu’ a subie notre Grand rabbin ainsi qu’un grand nombre d’incidents causés par des Maghrébins peuvent être

qualifiés d'actes antisémites.

 

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Alain Finkielkraut about the come-back of antisemitism

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Anti-Semitism: foundation: Alain Finkielkraut

Finkielkraut Alain, Au nom de l’Autre, réflexions sur l’antisémitisme qui vient, Gallimard, 2003

(p.9)

 

1 . Vigilances

Pendant cinquante ans, les Juifs d'Occident ont été protégés par le bouclier du nazisme. Hitler, en effet, avait, comme l'a écrit Bernanos, déshonoré l' antisémitisme.

On croyait ce déshonneur définitif. Il n'était peut-être que provisoire. Ce qu'on prenait pour un acquis apparaît rétrospectivement comme un répit. Et c'est en France, le pays d'Europe qui compte le plus grand nombre de Juifs, que la parenthèse se ferme de la façon la plus brutale. Des synagogues sont incendiées, des rabbins sont molestés, des cimetières sont profanés, des institutions communautaires mais aussi des universités doivent faire nettoyer, le jour, leurs murs barbouillés, la nuit, d'inscriptions ordurières. Il faut (p.10) du courage pour porter une kippa dans ces lieux féroces qu' on appelle cités sensibles et dans le métro parisien; le sionisme est criminalisé par toujours plus d'intellectuels, l'enseignement de la Shoah se révèle impossible à l'instant même où il devient obligatoire, la découverte de l' Antiquité livre les Hébreux au chahut des enfants, l'injure « sale juif» a fait sa réapparition (en verlan) dans presque toutes les cours d'école. Les Juifs ont le coeur lourd et, pour la première fois depuis la guerre, ils ont peur.

Peur où se mêlent étrangement les deux sentiments contradictoires de la sidération et de la répétition. On est affolé, mais pas dépaysé car tous ces incidents ont des précédents, toutes ces attaques éveillent un écho et ravivent d' anciennes blessures; il n'y a rien dans la haine des Juifs qui ne rappelle quelque chose. Gagnés par l'accablement, ses destinataires ont donc tendance à se dire : « Quand c'est fini, ça recommence... Le passé n'était pas dépassé; tapi dans les replis de la doxa, il faisait le mort en attendant des jours meilleurs. Nous y sommes. Les tabous sont renversés, la censure est levée, le verrou saute : après (p.11) cinquante ans, l'enfer sort du purgatoire, le mal s' ébroue et s'étale à l'air libre. » Vieux démons, nouveaux débats : c'est le titre tout naturel du grand colloque international sur l'antisémitisme en Occident qu'a organisé à New York, du 11 au 14 mai 2003, l'Institut YIVO de recherche juive.

Le texte de présentation de la rencontre enfonce le clou en ces termes : « Pour nombre d'observateurs, le refoulé a brusquement fait retour. L'Europe politique, sociale, culturelle semble une fois encore défigurée par son préjugé le plus ancien et le plus ignoble. "

 

Les observateurs ont assurément raison : l' antisémitisme n'est pas une idée neuve en Europe. Ils font fausse route cependant, et on s'égare avec eux quand on rabat ce qui arrive sur ce qui est arrivé, comme l'expérience historique pourtant engage à le faire. Voir le déjà-vu dans l'événement, c'est, sous l' apparence de la sagesse, rêver les yeux ouverts. Invoquer l'inconscient et le déchaînement périodique de ses pulsions immuables, c'est se faciliter la tâche. Parler de retour, c'est enfermer les nouveaux démons dans de vieux schémas. Jeunes démons, vieux schémas : si (p.12) nous voulons affronter la réalité, nous devons scier les barreaux de notre prison rétrospective. Les Juifs, ces familiers du pire, ont " une âme insurprenable ", a dit, citant Rebecca West, Leon Wieseltier, le responsable des pages littéraires du magazine The New Republic. C'est là, justement, que le bât blesse : la compréhension du monde qui vient demande une âme surprenable. Il ne suffit pas d'être sans illusions pour accéder au vrai. Le pessimisme n'a pas droit à la paresse : même les mauvaises nouvelles peuvent être nouvelles; même les démons peuvent être dans la fleur de l'âge et piaffer d'innocence.

 

- Quelles sont les fondations de l'Europe d'aujourd'hui ? Repose-t-elle sur la culture, c'est-à-dire sur une admiration partagée pour quelques immortels : Dante, Shakespeare, Goethe, Pascal, Cervantès, Giotto, Rembrandt, Picasso, Kant, Kierkegaard, Mozart, Bartok, Chopin, Ravel, Fellini, Bergman ? S'inscrit-elle dans la continuité d'une histoire glorieuse ? . Veut-elle faire honneur à des ancêtres communs ? Non, elle brise avec une

histoire sanglante et n'érige en devoir que la mémoire du mal radical. Sous le choc de Hitler, (p.13) notre Europe ne s'est pas contentée de répudier l'antisémitisme, elle s' est comme délestée d'elle-même en passant d'un humanisme admiratif à un humanisme révulsif, tout entier contenu dans les trois mots de ce serment : " Plus jamais ça ! " Plus jamais la politique de puissance. Plus jamais l'empire. Plus jamais le bellicisme. Plus jamais le

nationalisme. Plus jamais Auschwitz.

 

Avec le temps, le souvenir d'Auschwitz n'a subi aucune érosion ; il s'est, au contraire, incrusté. L'événement qui porte ce nom, écrit justement François Furet, " a pris toujours plus de relief comme accompagnement négatif de la conscience démocratique et incarnation du Mal où conduit cette négation ". Pourquoi précisément l'Holocauste ? Pourquoi Auschwitz et non d' autres carnages doctrinaux, d'autres oeuvres de haine ? Parce que l'homme démocratique, l'homme des Droits de l'homme, c' est l'homme quel qu'il soit, n'importe qui, le premier venu, l'homme abstraction faite de ses origines, de son ancrage social, national ou racial, indépendamment de ses mérites, de ses états de service, de son talent. En proclamant le droit de la race des Seigneurs à purger (p.14) la terre de peuples jugés nuisibles, le credo criminel des nazis, et lui seul, a explicitement pris pour cible l'humanité universelle. Comme l'a écrit Habermas : « Il s' est passé, dans les camps de la mort, quelque chose que jusqu' alors personne n'aurait simplement pu croire possible. On a touché là-bas à une sphère profonde de la solidarité entre tout ce qui porte face humaine. " C' est d' ailleurs pour cette raison et pas seulement du fait de son engagement dans la guerre contre le nazisme que l'Amérique indemne s'est crue autorisée, comme l'Europe ravagée, à bâtir au coeur de sa capitale un musée de l'Holocauste et à faire de ce musée un point de repère national. L'assaut méthodique et sans précédent contre l' autre homme dont l'Europe a été le théâtre renvoie à l'Amérique, plus qu' à toute autre collectivité politique, l'image inversée d'elle-même. La démocratie du Nouveau Continent a ceci de spécifique, en effet, qu' elle n'est pas seulement constitutionnelle : elle est consubstantielle à la nation. Il n'y a pas de distinction possible, dans cette patrie sans Ancien Régime, entre le régime politique et la patrie : la forme est le contenu du sentiment national ; l'identité s' incarne dans la statue de la Liberté. Certes, et

c'est le moins qu'on puisse dire, l'Amérique n'a pas (p.15) toujours été à la hauteur de sa définition : un musée de l'Esclavage aurait indubitablement sa place à Washington. Ce serait cependant chercher une mauvaise querelle aux États-Unis que de les soupçonner de vouloir fuir, dans la confortable évocation d'un génocide lointain, la prise en compte de leurs propres turpitudes. Une stupeur sincère et une horreur sacrée ont inspiré l' édification de ce mémorial. Comme le rappelait fortement le conseil chargé de sa préparation : « Événement à signification universelle, l'Holocauste a une importance spéciale pour les Américains. Par leurs actes et par leurs paroles, les nazis ont nié les valeurs fondatrices de la nation américaine. »

 

L' Amérique démocratique et l'Europe démocratique ressourcent leurs principes communs dans la commémoration de la Shoah. Mais il y a une différence : l' Amérique est victorieuse ; l'Europe cumule les trois rôles de vainqueur, de victime et de coupable. La solution finale a eu lieu sur son sol, cette décision est un produit de sa civilisation, cette entreprise a trouvé des complices, des supplétifs, des exécutants, des sympathisants et même des apologistes bien au-delà des (p.16) frontières de l' Allemagne. L'Europe démocratique a eu raison du nazisme, mais le nazisme est européen. La mémoire rappelle sa vocation à l' Amérique, et à l'Europe sa fragilité. Elle ratifie le credo du Nouveau Monde et prive l'ancien de toute assise positive. Elle est pour celui-ci un abîme, pour celui-là une confirmation. Elle nourrit simultanément le patriotisme américain et l' aversion européenne à l'égard de l'eurocentrisme. Ce qui unit l'Europe d'aujourd'hui, c'est le désaveu de la guerre, de l'hégémonisme, de l'antisémitisme et, de proche en proche, de toutes les catastrophes qu'elle a fomentées, de toutes les formes d'intolérance ou d' inégalité qu' elle a mises en oeuvre. Tandis que la sentinelle américaine du "Plus jamais ça" se préoccupe des menaces extérieures, l'Europe post-criminelle est, pour le dire avec les mots de Camus, un "juge-pénitent" qui tire toute sa fierté de sa repentance et qui ne cesse de s'avoir à l'oeil. « Plus jamais moi'." promet l'Europe, et elle se tue à la tâche. L'Amérique démocratique combat ses adversaires; l'Europe ferraille avec ses fantômes, si bien que l'invitation à la vigilance se traduit là-bas par la défense (parfois peu regardante sur les moyens) du monde libre et ici par l'insubmersible banderole : " Le fascisme ne passera pas."

 

(p.20) Ayant évidemment voté avec la majorité républicaine, je partage son contentement. Comme la foule des réfractaires au Matin brun, je suis soulagé et je savoure le triomphe des gens sympas sur les gens obtus, sans toutefois entrer dans la danse, car ce sont les danseurs qui font aujourd'hui la vie dure aux Juifs. Pas tous les danseurs, bien sûr, mais il faudrait avoir une âme obnubilée par les tragédies advenues pour ne pas le reconnaître: l' avenir de la haine est dans leur camp et non dans celui des fidèles de Vichy. Dans le camp du sourire et non dans celui de la grimace. Parmi les hommes humains et non parmi les hommes barbares. Dans le camp de la société métissée et non dans celui de la nation ethnique. Dans le camp du respect et non dans celui du rejet. Dans le camp expiatoire des « Plus jamais moi ! » et non dans celui - éhonté - des « Français d'abord ! ». Dans les rangs des inconditionnels de l'Autre et non chez les petits-bourgeois bornés qui n'aiment que le Même.

 

(p.24) Or, comme l' a lumineusement montré le philosophe américain Michael Walzer dans un article (p.25)

publié par la revue Dissent et qu' aucun périodique français n' a jugé bon de traduire, il n'y a pas une, mais quatre guerres entre Israéliens et Palestiniens : la guerre d'usure palestinienne pour l' extinction de l'État juif (et dont relèvent aussi bien les attentats-suicides que la revendication du droit au retour), la guerre palestinienne pour la création d'un État indépendant à côté d'Israël, la guerre israélienne pour la sécurité et la défense d'Israël, la guerre israélienne pour le renforcement des implantations et l' annexion de la plus grande partie possible des territoires conquis en 1967. Il faut que « les gens qui suivent les informations écrites ou télévisées " soient aveugles à cette quadruple réalité (et aux deux batailles internes qui la prolongent) pour que s'étale, sous leurs yeux scandalisés, l'évidence insoutenable et monotone des persécuteurs en action. Grâce à la médiatisation permanente du conflit, ils sont aux premières loges : ils ne ratent aucun épisode, ils voient tout ce qui se passe, et pourtant, à l'instar d'Emmanuel Todd, ils ne voient rien de ce qui est. Ils balayent, comme on enlève la poussière, les événements du regard. Mauvaise volonté ? Frivolité zappeuse ? Non : hantise du mal radical, ferveur égalitaire, culte de la tolérance. C' est de la part la plus honorable d’eux-mêmes que procède leur insistante ‘illusion d’optique’, (p.29) comme tous les intellectuels juifs, comme tous les Juifs visibles, je reçois, ces temps-ci, des lettres désagréables. Après la manifestation du 7 avril 2002 contre l' antisémitisme et le terrorisme, une de mes correspondantes, excédée, m' a écrit ceci : " J'ai dû voir la police fouiller les personnes qui voulaient traverser le cortège des drapeaux israéliens que les jeunes excités en calotte bleu et blanc arboraient sûrs de leur saint droit. Sur la place un petit "beur" d' à peine dix ans criait à ses copains visiblement apeurés qui le retenaient : "Si seulement j'avais une kalachnikov, je leur montrerais, moi !" Et je savais bien que je me sentais plus proche cette fois de la vérité de ce petit miséreux que de tous les jeunes qui triomphaient d'autosuffisance et de passion méprisante et ignare sous leur calotte blanc et bleu. "

 

(p.30) Le " petit miséreux " en question n' a pas encore saisi de kalachnikov. Selon toute vraisemblance, il ne le fera pas et en restera au stade de la provocation verbale. Cette perspective, toutefois, n' est pas vraiment rassurante car la langue qu'il entend autour de lui et qu'il commence à articuler est la langue de l' islamisme et non celle du progressisme. La lutte des classes ne lui dit rien, le djihad l'enchante. Ses héros sont des figures religieuses, non des icônes révolutionnaires . Saladin plutôt que Spartacus ou Che Guevara. Il vit dans un autre universel et ce qui le fait enrager, d' ores et déjà, ce n'est pas le joug du capitalisme et de l'impérialisme sur les prolétaires de tous les pays' c'est l'humiliation des musulmans du monde entier.

Conditionné à souffrir d'Israël comme d'une écharde ou d'une morsure dans la chair de l'Islam, il n'est même plus antisioniste : là-bas, ici, partout, les Juifs, à ses yeux et dans ses mots, sont des Juifs et rien d' autre.

 

 (p.34) (…) il ne faut pas confondre les ressentiments, ni prendre pour une résurgence de l' antisémitisme français l' actuelle flambée de violence contre les Juifs en France. Après avoir été passée sous silence précisément parce qu'elle n'était pas imputable aux " petits Blancs » de la France profonde, cette violence

(p.35) d'origine arabo-musulmane a trouvé sinon une approbation littérale, du moins une réception positive, une interprétation bienveillante, une traduction présentable chez les Gaudin anti-chauvins qui scandent aujourd'hui : " Nous sommes tous des immigrés! " ou : " Étrangers, ne nous laissez pas seuls avec les Français !", comme ils entonnaient hier : « Nous sommes tous des Juifs allemands!.", et qui ont tiré de l'histoire cette leçon impeccablement généreuse : quoi qu'il arrive, prendre toujours le parti de l'Autre.

20:22 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

History of anti-Semitism

0.3  History of anti-Semitism, linked to that of racism

 

0.3.0

See namely:

http://napoleon-dictateur-antisemite.skynetblogs.be

 

0.3.1 Analyses

20:20 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

History of anti-Semitism: Odon Vallet and the genocide concept

Vallet Odon, Petit lexique des idées fausses sur les religions, éd. Albin Michel, 2002

(p.92-95) Génocide

 

« L'extermination des juifs est le crime du XXe siècle »

 

C'est un crime abominable mais il ne date pas du xxe siècle. Si le génocide des juifs est une honte de l'époque moderne, il a au moins un équivalent dans l'histoire ancienne. L'oublier pour mieux préserver le caractère unique de la Shoah ou, au contraire, pour minimiser la haine des juifs est une grave erreur.

Car tous les clichés sur la barbarie du xxe siècle, le goulag stalinien et les camps hitlériens, laissent croire que le totalitarisme est une idée neuve et que le monde contemporain a le monopole de l'horreur. Mais les temps actuels n'ont rien inventé. Ils ont seulement mis la technique au service de la mort. Les chambres à gaz n' existaient pas sous le règne d' Auguste mais des milliers d'épées ont produit le même résultat, moins planifié mais presque aussi efficace.

(p.93) Selon la Bible, l'hostilité à l'égard des juifs est vieille comme l'histoire sainte. Elle commence avec la servitude des Hébreux en Egypte où Pharaon les asservit avec brutalité et transforme les chantiers de travaux publics en camps de concentration. Elle se poursuit avec l'Exil à Babylone, première déportation du peuple juif. Si, dans les deux cas, il ne s'agit pas de meurtres systématiques, la Bible présente ces deux épisodes tragiques comme remplis de morts et de deuils. Le mot même de shoah sert à décrire ces destructions portées par la main de l'homme mais perçues comme venant de Dieu en châtiment des péchés d'Israël. Si la rareté des documents historiques (notamment égyptiens) invite à la prudence dans l'interprétation de ces faits, leur caractère douloureux et meurtrier ne fait guère de doute.

Un pas de plus est franchi vers 170 avant J.-C. quand le roi hellénisé Antiochus IV Epiphane

veut supprimer le judaïsme en interdisant toute pratique cultuelle. La résistance héroïque des frères Maccabées est si sanglante que leur nom devint, dans l'argot des carabins (étudiants en

médecine), synonyme de cadavres.

Un degré supplémentaire dans l'horreur est atteint au 1er siècle après J.-C. avec ce que l'historien Flavius Josèphe appelle la « guerre des Juifs". Ceux-ci se révoltèrent contre les occupants romains qu' ils avaient imprudemment appelés en Palestine pour contrer l' influence (p.94)

grecque. La répression des légions romaines, assistées par des populations locales (notamment syriennes), s'avéra terrible : la chasse aux juifs fut lancée et de véritables pogroms firent des centaines de milliers de morts.

Si le chiffre total des pertes juives est controversé, il n' est pas exagéré d' évoquer une tentative de génocide qui avait d' ailleurs un précédent romain avec la terrible guerre des Gaules. En 70 après J.-C., le Temple et la ville de Jérusalem furent rasés et, en l' an 132, la révolte de Bar Kokheba provoqua une nouvelle vague d'exécutions de partisans et de destructions de villages au point que la Judée devint un pays de « désolation ", en hébreu de shoah. Et la majorité des juifs survivants quitta la terre d'Israël pour n'y revenir que dix-neuf siècles plus tard.

Durant cette période de « dispersion » (diaspora), les persécutions ne manquèrent pas, de la part de musulmans ou, surtout, de chrétiens. Mais aucune n' eut l' intensité de la répression romaine. Celle-ci est largement oubliée par les manuels d'histoire qui, célébrant les grandeurs de la civilisation gréco-romaine, ne mentionnent guère le sort atroce de leurs victimes, promises aux oubliettes des vaincus de l'histoire.

Si l'antijudaïsme exterminateur a de si lointaines racines, c'est qu'il est indissociable des anti-

ques coutumes du peuple juif, incompatibles avec les pratiques « idolâtres » des autres nations

et les lois étrangères des vastes empires. Celui de Rome eut à combattre des révoltes de juifs en (p.95) Egypte, en Libye ou à Chypre : du sabbat à la circoncision et de la Torah au dieu unique, tout opposait les fils d' Abraham aux enfants de Romulus.

 

Redonner au génocide des juifs sa dimension ancienne, c' est aussi rappeler les liens de l'idéologie et de l'esthétique fascistes avec l' Antiquité gréco-romaine. Le Troisième Reich se voulait une nouvelle Rome jusque dans l' architecture prétentieuse du « nouveau Berlin » d'Albert Speer. L' archaïsme de l'art et de la pensée ne pouvait que renouer avec un conflit bimillénaire, amplifié par les fractures idéologiques et les crises économiques du xxe siècle. Ainsi furent ravivées les vieilles haines sous les braises chaudes de l'Histoire dont les brûlures ont un large spectre. Car, d'après le Deutéronome (ch.20), Dieu ordonna à Israël en guerre de frapper « tous les hommes au tranchant de l'épée " voire de « ne laisser subsister aucun être vivant ". C'était déjà un voeu de génocide.

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History of racism: Greece and Rome

"Pour les Grecs et les Romains, l'engeance la plus discréditée, la plus vile, ce sont les Barbares, ceux qui proviennent d'une autre civilisation et dont on ne comprend pas la langue."

"D' ailleurs, le mot 'barbare' est à l' origine une onomatopée qui exprime la dérision devant un parler qui sonne bizarrement aux oreilles du Grec."

"Banni de la vie religieuse, politique, juridique de la communauté, le barbare n'a pour ainsi dire aucun statut."

 

(in: Le mépris des "barbares", in: Jésus, T1, 1874, p.377)

 

H. Van Hoof, Esquisses pour une histoire de la traduction en Occident, Le Linguiste/ De Taalkundige, 03/04/1972

 

“Les Grecs étaient tellement convaincus de leur supériorité culturelle qu’ ils laissaient aux étrangers le soin d’apprendre le grec.”

 

(s.p.)(p.2 de l’ article)

 

Magee Bryan, Histoire illustrée de la philosophie, Ed. Le Pré aux Clercs, 2001

PLATON

(p.29) « Dans sa cité idéale, une classe intermédiaire, qu’il appelle celle des auxiliaires, maintient l’ordre sous la direction d’une classe dominante composée de philosophes. Ainsi présentée, la cité idéale de Platon ressemble aux sociétés communistes du XXe siècle.  Il est indéniable que la pensée politique de Platon a exercé une immense influence au fil des siècles, en particulier sur les doctrines totalitaires de droite comme de gauche qui ont caractérisé le XXe siècle.

 

 

 

Vaute Paul, Onze siècle de jeux pour Zeus, LB 21/08/2000

 

Apollon a aussi ses jeux (les Jeux pythiques), tout comme Neptune (les isthmiques) et Hercule (les Néméens).

Vaute: Le refus des étrangers, au moins dans les premiers siècles des Jeux, montre aussi qu’une différence est faite entre ce qui est grec et ce qui ne l’est pas ?

Hannick Jean-Marie (Unité Histoire de l’Antiquité - UCL): Oui.

 

20:17 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

History of racism: Pierre Salmon

SALMON Pierre, Le racisme devant l’histoire, Labor-Nathan, 1973

 

(p.18) Le terme ‘barbaros’ signifie à l’origine ‘non grec’, (p.19) mais après les guerres médiques, les Grecs se considérant comme supérieurs aux autres peu­ples, il prend le sens péjoratif que nous lui con­naissons. Au Ve siècle avant notre ère, pour Euripide, il est juste que les Barbares obéissent aux Grecs comme les esclaves aux hommes libres (12) — thèse qui est reprise au IVe siècle par Démosthène C3) et par Aristote (u). Pour Isocrate, entre Grec et Barbare, il n'y a pas moins de différence qu'entre l'homme et l'animal (15).

Cependant, les Grecs estiment que le genre humain est un et que les différences entre les peuples sont accidentelles (16). « Pour un homme bien né, écrit Démocrite, à la fin du Ve siècle avant J.-C., le monde entier est la patrie (17). » A la même époque, le sophiste athénien Anti-phon déclare : « Le fait est que, par nature, nous sommes tous et en tout de naissance identique, Grecs et Barbares ; et il est permis de constater que les choses qui sont nécessaires de néces­sité naturelle sont (communes) à tous les hom­mes … Aucun de nous n'a été distingué à l'origine comme Barbare ou comme Grec : tous nous respirons l’air par la bouche et par les narines.

 

(12) EURIPIDE, Iphigénie à Aulis, 1400-1401.

(13) DEMOSTHENE,   Troisième Olynthienne,  24.

(14) ARISTOTE,   Politique,   1,  1,   5.

(15) ISOCRATE,   XV,   293.

(16)Clr   O.   REVERDIN,   Crise spirituelle et  évasion,   dans En­
tretiens sur l'Antiquité Classique,  t.  VIII,   Grecs  et Barbares  (Ge­
nève, 1961),  p. 89.

(17)DEMOCRITE,   fragment   247   (Diels).

 

 

 

(p.22) Mais il faut se garder d’oublier que la société grecque repose sur l’esclavage. Aristote cherche à le justifier (…).

 

(p.25) (…) les Romains considèrent com­me Barbares ceux qui n'appartiennent pas au monde culturel gréco-romain. Certains auteurs latins insistent sur la sauvagerie des peuples barbares de Gaule et de Germanie ; ils mani­festent parfois une attitude intolérante en soulignant les différences des modes de vie entre Romains et barbares.

Par ailleurs, le mépris de la loi romaine et la xénophobie des Juifs provoquent dans l’Empire de vilentes réactions antisémites. Tacite, dans ses ‘Histoires’, attaque els principes religieux et les mœurs des juifs : « (…). (p.26) Ceux qui adoptent leur reli­gion suivent la même pratique, et les premiers principes qu'on leur inculque sont le mépris des dieux, le reniement de leur patrie et l'idée que parents, enfants, frères et sœurs sont des cho­ses sans valeur... Les pratiques des Juifs sont bizarres et sordides (ludaeorum mos absurdus sordidusque) (33). »

Le mode de vie des Juifs, basé sur un monothéisme absolu et l'observance de la Loi, tend à les isoler du milieu romain. On constate parfois chez les Romains des poussées d'anti­sémitisme virulent et chez les Juifs des manifestations de nationalisme xénophobe.

 

De part et d'autre, on fait alors preuve d'un acharnement atroce : si Titus ordonne la des­truction complète de Jérusalem en 70, lors de la révolte de Cyrène, sous le règne de Trajan, Dion Cassius raconte que les Juifs « égorgèrent les Romains et les Grecs, mangèrent leur chair, se ceignirent de leurs entrailles, se frottèrent de leur sang et se couvrirent de leur peau ; ils en scièrent plusieurs par le milieu du corps, en exposèrent d'autres aux bêtes et en contraignirent quelques-uns à se battre comme gladiateurs. »

 

(p.28) Au IXe siècle, les Juifs, assurés de l'appui des autorités musulmanes, se transforment de persécutés en persécuteurs : ils obtiennent que les chrétiens d'Espagne soient placés devant l'alternative du choix entre la mort et la conver­sion au judaïsme ou à l'Islam (40).

Dans les autres Etats chrétiens de l'Europe du haut moyen âge, l'Eglise catholique cherche à enrayer l'extension du judaïsme : elle se pré­occupe surtout des Juifs titulaires de fonctions publiques qui pourraient exercer des pressions pour obtenir la conversion de chrétiens à la religion juive. C'est pourquoi le 5e concile de Paris (614 ou 615) impose le baptême aux Juifs qui occupent des fonctions publiques ainsi qu'aux membres de leurs familles. De nombreu­ses lois sont également édictées pour empêcher les Juifs d'amener au judaïsme les esclaves et les serviteurs se trouvant sous leur domination.

(p.29) (…) en dehors de l’Espagne, la cohabitation demeure étroite, durant le haut moyen âge, entre uifs et chrétiens.

Tout change au début du XIe siècle. Des rumeurs concernant la responsabilité des uifs (p.33) dans la destruction de l'Eglise du Saint-Sépulcre à Jérusalem par les Musulmans en 1009 circu­lent en Occident. La persécution éclate en Fran­ce où les autorités civiles et religieuses décident d'expulser les Juifs de leurs cités. A Rouen, Or­léans et Limoges, la foule déchaînée se charge elle-même de faire justice! «Voués à la haine universelle, ils furent donc les uns expulsés, les autres passés au fil de l'épée ou bien noyés dans les fleuves ou tués d'autres manières en­core, sans parler de ceux qui se donnèrent eux-mêmes la mort. Les évêques interdirent aux chrétiens d'entretenir aucun rapport avec eux, sauf s'ils acceptaient le baptême et promettaient de répudier toutes les mœurs et coutumes jui­ves : en effet, beaucoup se convertirent, nous dit Raoul Glaber, mais bien plus par peur de la mort que par l'attrait de la vie éternelle. Car, souvent ils acceptèrent le baptême pour la forme uniquement et retournèrent assez vite, une fois la tourmente passée, à leur ancienne foi (42). » Cette persécution devait connaître d'atroces prolongements en Rhénanie, principa­lement à Mayence.

Dès le milieu du XIe siècle, le concile de Coyaza (1050), dans le diocèse d'Oviedo, inter­dit aux chrétiens d'Espagne d'habiter les mêmes maisons que les Juifs. Cette ségrégation imposée dans les lieux d’habitation est une lointaine préfiguration du ghetto.

(p.34) Les Croisades amenèrent la déterioration progressive de la condition des Juifs. Durant l’été 1096, on massacre des Juifs dans toute l’Europe . Pour eux, le choix est clair : le baptême ou la mort ! Et beaucoup préfèrent la mort ! (…)

Au XIIIe siècle, le Concile de Latran (1215) impose aux Juifs une discrimination vestimentaire par le pot d’un signe distinctif. En France, en Italie et en Espagne, tout Juif est contraint sous peine de fortes amendes ou de châtiments corporels de coudre sur son vêtement la rouelle (marque de forme circulaire et généralement de (p.35) couleur jaune). En Allemagne et en Pologne, tout Juif est contraint de porter un couvre-chef spécial, le chapeau pointu. Dans toute l'Europe, la condition des Juifs devient semblable à celle des serfs. « Les meubles mêmes du Juif sont au baron », dit un adage de l'époque. En 1235, un comte de Bourgogne sur le point de mourir n'hésite pas à distribuer à ses sujets les biens de ses Juifs (45).

La papauté s'efforce de faire respecter la vie et les biens des Juifs. Dans sa bulle du 17 janvier 1208, le pape Innocent III déclare : « Dieu a fait Caïn un errant et un fugitif sur terre, mais l'a marqué, faisant trembler sa tête, afin qu'il ne soit pas tué. Ainsi les Juifs, contre lesquels crie le sang de Jésus-Christ, bien qu'ils ne doivent pas être tués, afin que le peuple chrétien n'oublie pas la loi divine, doivent rester des errants sur terre, jusqu'à ce que leur face soit couverte de honte, et qu'ils cherchent le nom de Jésus-Christ, le Seigneur... (46). »

 

(45)  Cfr  B. BLUMENKRANZ,  op.  cit.,  p.  387.

(46)  (46) MIGNE,   P.L,  215,   1291,     190.  (Traduction  de   L.   POLIAKOV,  op.  cit., t.   I,   p. 262)  -  Cfr aussi   le  préambule qui   précède la  bulle  de  protection Sicut Judeis  du   pape   Innocent   III :   « Bien que l'infidélité  des  Juifs  soit   infiniment  condamnable,   néanmoins, ils   ne   doivent  pas   être   trop   persécutés   par   les   fidèles.   Car   le
psalmiste  a  dit :  Ne  les  tue  pas  de  peur que  mon  peuple  ne l'oublie ;  autrement  dit,   il   ne  faut  pas  détruire   complètement   les Juifs, pour que les Chrétiens ne risquent pas d'oublier la Loi, que
(ces Juifs)   inintelligents   portent   dans   leurs   livres   intelligents... »
Texte cité par L. POLIAKOV, Histoire de l'antisémitisme,  t.  Il,  De Mahomet aux Marranes (Paris, 1966), p. 306.

 

(p.37) En 1320, les paysans du nord de la France — les « Pastoureaux » — partent en « Croisade » dans le sud du pays pour y exterminer les com­munautés juives. Entre 1347 et 1350, on accuse les Juifs d'avoir provoqué la peste noire en empoisonnant les eaux et on les massacre par milliers. En 1394, les Juifs sont définitivement expulsés de France.

L'antisémitisme chrétien se cristallise en Occident à partir de la deuxième moitié du XIVe siècle. La réputation d'usuriers faite aux Juifs accroît encore leur impopularité. Toute la fin du moyen âge est remplie de massacres, de conversions forcées et d'expulsions de Juifs. Parqués dans des ghettos, dont les portes sont fermées le soir à clé, en marge de la société, traités en êtres inférieurs, soumis à la capitation, les Juifs sont persécutés dans toute l'Europe. Comme l'écrit Erasme, au début du XVIe siècle, « s'il est d'un bon chrétien de détester les Juifs, alors nous sommes tous de bons chrétiens » (50). Et Luther, en 1542, en publiant

Contre les Juifs et leurs mensonges, témoigne du même état d'esprit.

A la fin du XIVe siècle, des massacres de Juifs sont perpétrés dans la plupart des villes de l'Espagne. (…)

(p.39) Le préjugé de race et de couleur s'accroît considérablement avec la découverte de l'Amé­rique et celle de la route maritime des Indes par !e Pacifique.

(p.40) Une bulle du pape Nicolas V, en 1455, autorise ‘les Portugais à réduire en esclavage les sarrasins, païens et autres ennemis du christ et au sud des cas Bogador et Nen, y compris les côtes de Guinée, sous réserve bien entendu de convertir les captifs au christianisme. » On voit que le facteur religieux continue à être un des caractères essentiels du racisme européen. « Les Espagnols donnaient pour excuse des mauvais traitements infligés aux originaires d’Amérique et des Antilles le fait que ces derniers n’étaient pas des descendants d’Adam et Eve. »

Espagnols et Portugais exterminaient dès lors sans scrupules les Indiens qui refusaient de se convertir. (…)

 

(p.49) Urbain VIII (P. 1623-1644), un siècle plus tard, s'élève contre les mauvais traitements infligés aux Indiens d'Amérique et condamne à nouveau l'esclavage et le travail forcé.

Alexandre VII (P. 1655-1667), dans son Ins­truction à l'usage des vicaires apostoliques en partance pour les royaumes chinois de Tonkin et de Cochinchine délivrée en 1659, recomman­de aux missionnaires catholiques de se consa­crer à leurs fonctions religieuses et de ne pas s'occuper des affaires politiques et de l'adminis­tration civile. Par ailleurs, le pontife prescrit le respect des usages du pays : « Ne mettez aucun zèle, n'avancez aucun argument pour convain­cre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs, à moins qu'ils ne soient évidemment contraires à la religion et à la morale. (…)

 

(p.56) Comme l’a démontré le professeur Toynbee, les protestants anglo-saxons, qui prennent la tête du mouvement colonisateur à partir du XVIIe siècle et dont la religion est directement inspirée par l’Ancien Testament, s’identifient avec Israël, le ‘peuple élu’, et exterminent impitoyablement les indigènes américains et australiens.

 

(.61) En 1715, Emmanuel Kant, dans son Mémoire sur les différentes races humaines, pense que le mélange des races provoque la diminution graduelle des qualités de l'espèce humaine. Il attaque également le néfaste « esprit judaïque ».

 

(p.64) Voltaire, dans son ‘Traité de métaphysique » (1734) se montre partisan de la supériorité des Européens, « hommes, écrit-il, qui me paraissent supérieurs aux nègres, comme ces nègres le sont aux singes et comme les singes le sont aux huîtres … »

Cet homme, qui n’a pas hésité à prendre des parts dans une entreprise nantaise de traite des Noirs – placement très rémunérateur à l‘époque – dénonce, néanmoins, dans ‘Candide’ (1759), les abus de l’esclavage chez les colons hollandais de Surinam : (…).

(p.66) Voltaire se révèle violemment antisémite dans son ‘Dictionnaire philosophique’. L’article « Juif » est, avec ses trente pages, le plus long du Dictionnaire. « Sa première partie (rédigée vers 1745) s'achève ainsi : ... vous ne trouverez en eux qu'un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent ; suit la fameuse recommandation qui dans un tel contexte pro­duit l'effet d'une clause de style : // ne faut pourtant pas les brûler (83). »

La correspondance de Voltaire confirme ses positions racistes. Relevons ce passage sugges­tif d'une lettre de Voltaire au chevalier de Lisle datée du 15 décembre 1773 : « ... Mais que ces déprépucés d'Israël, qui vendent de vieilles culottes aux sauvages, se disent de la tribu de Nephtali ou d'Issachar, cela est fort peu impor­tant ; ils n'en sont pas moins les plus grands gueux qui aient jamais souillé la face du globe (84).

 

(83)     Cité  par L.   POLIAKOV,  op.  cit.,  t.   III,  pp.  105-106.

Cité par L. POLIAKOV, op. cit., t.  III, pp. 106-107. - Profi­tons de l'occasion pour rappeler que Voltaire estime que la hiérar­chie des classes sociales est bienfaisante et qu'il faut se garder de développer l'enseignement des  classes  populaires :  « Il  me  paraît essentiel  qu'il  y ait des gueux  ignorants...  Ce  n'est  pas le ma­nœuvre qu'il  faut  instruire,   c'est  le  bon  bourgeois,   c'est   l'habi­tant des villes... Quand  la  populace  se  mêle de  raisonner,  tout est perdu... Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il   soit   instruit. »   (Lettre   de   Voltaire  à   Damilaville  datée   du 1er  avril 1766).

 

(p.75) L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert revendique l’égalité de tous les hommes, l’abolition de l’esclavage, de la tyrannie arbitraire du pouvoir judiciaire et de toute forme de contrainte. Il faut toutefois remarquer que ces revendications s’identifient avec les intérêts de la bourgeoisie. D’où leur caractère limité et parfois contradictoire. (…)

Ainsi, certains des leurs 200 collaborateurs ne professent pas toujours l’esprit de tolérance de Diderot et conservent souvent une attitude raciste envers les Noirs.

 

 

LES DOCTRINAIRES DU RACISME

 

(p.96)  Le philosophe J.G. Fichte glorifie la race germanique, quintessence de la race blanche :; en estimant que saint Jean doute des origines juives de jésus, il crée le mythe d’un « Christ aryen ».

Le grand philosophe allemand, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, considère les races de couleur comme inférieures et non évolutives ; il prône la supériorité des Germains sur les Slaves et les Latins ; (…). Il attaque les Juifs avec férocité : (…).

Vers 1845, Christian Lassen oppose les Aryens spérieurs aux sémites ingférieurs. « L’ethnocentrisme européen (p.97) qui dès le Siècle des des lumières avait faussé l'anthropologie naissante, s'exalte prodigieuse­ment à l'ère du romantisme et des nationalis­mes : il oriente la pensée des savants, et pré­side à la gestation de leurs hypothèses et de leurs classifications. C'est dans cette ambiance que s'élabore une tri-partition mystique : l'Aryen, ou le vrai homme, se définit aussi bien par rap­port au frère Sem, le Juif mi-homme, mi-démon, que par rapport au frère Cham, le Noir mi-bête, mi-homme (2). »

Le culte de la race germanique fait égale­ment son apparition en Allemagne au début du XIXe siècle. Ernst Moritz Arndt célèbre la race germanique — peuple élu de la Nouvelle Allian­ce — et la met en garde contre le mélange des sangs. Friedrich Ludwig Jahn se fait également le chantre du culte de la race germanique.

En 1850, Robert Knox, docteur en médecine, publie à Londres The Races of Men. Il estime que la race, c'est-à-dire la descendance héré­ditaire, marque l'homme. « Que la race décide de tout dans les affaires humaines, déclare-t-il, est simplement un fait, le fait le plus remarqua­ble, le plus général, que la philosophie ait jamais annoncé. La race est tout : la littérature, la

(2) L. POLIAKOV, Histoire de l'antisémitisme, t.  III, ftp. 330-331.

 

(p.105) En France, Pierre-Joseph Proudhon, dans Césarisme et christianisme, attaque les Juifs avec violence : « Le Juif est par tempérament antiproducteur, ni agriculteur, ni industriel, pas même vraiment commerçant. C'est un entre­metteur, toujours frauduleux et parasite, qui opère, en affaires comme en philosophie, par la fabrication, la contrefaçon, le maquignonnage. Il ne sait que la hausse et la baisse, les risques de transport, les incertitudes de la récolte, les hasards de l'offre et la demande. (…)

 

(p.106) Karl Marx, dans ‘La question juive’, cherche à cerner le fond profane du judaïsme : « (…) Le Juif s’est émancipé à a manière juive, non seulement en se rendant maître du marché financier, mais pare que, grâce à lui et par lui, l’agent est devenu une puissance mondiale, (…). »

(p.108) Richard Wagner oriente le racisme aryen vers le nationalisme. Son antisémitisme devient délirant : « Je tiens la race juive, (…) pour l’ennemi né de l’humanité et de tout ce qui est noble ; (…) ».

 

(p.109) Frédéric Nietzsche prône la volonté de puis­sance qui aboutira au mythe du surhomme ! Déjà Guillaume II, désireux de mettre la main sur les marchés d'Extrême-Orient, lance le mythe du « péril jaune ».

En France, les colonialistes proclament ou­vertement leur mépris à l'égard des peuples de ' couleur. « Je vous défie, dit Jules Ferry à la tribune de la Chambre en 1885, de soutenir jusqu'au bout votre thèse qui repose sur l'éga­lité, la liberté, l'indépendance des races infé­rieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures (17). »

(p.180) La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée en 1948 par l'Assemblée Gé­nérale des Nations Unies, stipule que « chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente décla­ration sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de reli­gion, d'opinion politique ou de toute autre opi­nion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation ».

20:16 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |